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13 mars 2012.

6e Forum mondial de l’eau à Marseille : la déclaration ministérielle

À Marseille, les ministres et chefs de délégations des différents (...)

À Marseille, les ministres et chefs de délégations des différents pays représentés au 6e Forum mondial de l’eau ont adopté une Déclaration commune, en préparation depuis plusieurs mois, dans laquelle ils se disent "déterminés à relever les défis de l’eau à toutes les échelles" et réaffirment que "l’eau est un facteur clé pour la paix et la stabilité".

Cette déclaration, qui tient en six pages et une trentaine de paragraphes, met l’accent sur trois priorités :

- L’accélération de la mise en œuvre des obligations en matière de droits de l’homme pour l’accès à l’eau potable et à l’assainissement pour le bien-être de tous et la santé, en particulier pour les plus vulnérables, et l’amélioration de la gestion des eaux usées ;
- Les interrelations entre l’eau, l’énergie et la sécurité alimentaire, en assurant la pleine cohérence des politiques et le bon fonctionnement des écosystèmes liés à l’eau, en vue d’exploiter les synergies et d’éviter les effets négatifs entre secteurs, créatrices d’une croissance durable et d’emploi ;
- L’incorporation de l’eau dans toutes ses dimensions, économiques, sociales et environnementales, dans un cadre de gouvernance, de financement et de coopération, en s’appuyant sur les progrès accomplis vers la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement d’ici 2015 et au-delà.”

La déclaration passe brièvement en revue un grand nombre de défis actuels dans les différents domaines de l’eau. Les ministres se disent déterminés à les relever en soulignant, à plusieurs reprises, la nécessité de recourir à des méthodes et des processus de gestion intégrée.

Qu’il s’agisse entre autres d’approvisionnement en eau et d’assainissement, de protection des ressources et de prévention des risques, de sécurité alimentaire et de production d’énergie, de bonne gouvernance ou de coopération internationale, les solutions passent par une vision globale et transversale des enjeux.

C’est par une meilleure compréhension et une reconnaissance systématique des interactions entre ces différents domaines, et à l’échelle des bassins versants, que l’on pourra garantir le bon fonctionnement des écosystèmes liés à l’eau, pratiquer des politiques cohérentes, et réaliser des synergies au lieu d’accroître les concurrences entre secteurs économiques.

- Cette Déclaration ministérielle peut être téléchargée sur le site du 6e Forum mondial de l’eau




Infos complémentaires

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:: Une déclaration qui ne fait pas l’unanimité


Avant même l’ouverture du Forum et se basant sur le projet de déclaration ministérielle, Catarina de Albuquerque, Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’eau et à l’assainissement, regrettait déjà que les gouvernements n’affirment pas explicitement que ce droit, officiellement reconnu par l’Assemblée générale de l’ONU en 2010, "devrait être à la base de toutes les solutions visant à favoriser l’accès de ces services essentiels à ceux qui en sont encore privés", ce qui, à ses yeux, représentait donc un manque de cohérence avec leurs décisions antérieures. Et même si le Forum mondial de l’eau n’est pas une instance reconnue comme une source du droit international, Catarina de Albuquerque appelait ses participants à revoir leur texte. Invitation manifestement ignorée, sinon pour l’affaiblir davantage.

Pour deux des ONG nord-américaines très engagées en faveur de la mise en œuvre du droit à l’eau - le Conseil des Canadiens et Food & Water Watch - il est à craindre que la déclaration adoptée à Marseille ne soit "utilisée pour affaiblir d’autres déclarations internationales sur l’eau et sur l’assainissement". C’est, disent-elles, un revers pour le droit à l’eau tel qu’il a été formulé par l’ONU et il est grand temps que les Nations Unies et les gouvernements fassent leur devoir et cessent de le déléguer aux multinationales de l’eau.

Helvetas, l’une des principales organisations suisses de développement se déclare déçue par cette déclaration ministérielle qu’elle juge insuffisamment contraignante et dénuée d’objectifs concrets et d’engagements forts pour résoudre la crise de l’eau : "le document souligne l’importance fondamentale de l’eau pour la santé, la sécurité alimentaire, le développement et l’environnement mais il se contente d’intentions relativement floues sur les mesures à prendre afin de garantir la gestion durable des ressources en eau". Helvetas dénonce également le fait que les gouvernements n’ont pas su se mettre d’accord pour réaffirmer de manière plus explicite le droit à l’eau et à l’assainissement, pourtant reconnu par l’ONU. Ce qui laisse donc planer de nombreux doutes sur la volonté des États signataires de la déclaration ministérielle de Marseille.

Cité par le journal Le Temps du 15 mars 2012, Jean-Benoit Charrin, directeur de l’ONG WaterLex, note que cette déclaration reste prudente : "elle ne contient qu’un engagement à ’accélérer la mise en œuvre des obligations en matière de droits de l’homme’, soit de droits déjà reconnus. Elle aurait dû aller plus loin dans la reconnaissance de droits nouveaux plus spécifiques. Au lieu de cela, elle parle d’une simple ’détermination’ à régler le problème. Ce sont des nuances mais cela fait au final une grosse différence". Cependant, ajoute-t-il, même interprétée comme un recul par rapport aux engagements de l’ONU, cette déclaration "peut être considérée comme un progrès dans la mesure où elle émane de milieux qui n’avaient encore jamais été aussi loin". (bw)

Mots-clés

Glossaire

  • Débit résiduel

    Volume d’écoulement qui subsiste après un prélèvement dans un cours d’eau (par exemple pour des besoins d’irrigation ou de production d’énergie). Maintenir un minimum de débit et de profondeur d’eau en aval d’une installation est absolument indispensable pour préserver la qualité de l’eau, assurer la recharge des nappes souterraines, protéger la faune et la flore et offrir des possibilités de loisirs. En Suisse, le débit résiduel minimal à garantir dans les cours d’eau à débit permanents est défini par la législation fédérale.

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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