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2 octobre 2012.

Entre Lausanne et Nouakchott, une carafe d’eau solidaire

L’idée paraît simple. Encore fallait-il y penser. Comment une (...)

L’idée paraît simple. Encore fallait-il y penser. Comment une municipalité peut-elle s’y prendre pour faire connaître à ses habitants la réalité d’engagements qu’elle a pris envers une population lointaine et pour les inviter à devenir eux aussi un maillon concret de cette solidarité ? La réponse de la Ville de Lausanne tient en quatre mots : la carafe d’eau. Celle dont on passe commande au restaurant pour accompagner son repas. Et dont le coût, modique et symbolique, est destiné à soutenir un projet d’amélioration de l’accès à l’eau en Mauritanie.

Cette opération "Lausanne Eau Solidaire" aura duré le temps de deux saisons. Lancée le 22 mars 2012 à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, elle s’est achevée le 22 septembre dernier sur un résultat jugé excellent par ses promoteurs, à savoir la Municipalité de Lausanne et son service de l’eau.

27 restaurants et 3 cliniques avaient choisi d’y participer en proposant à leurs hôtes de l’eau servie dans une carafe originale de 8 dl, spécialement conçue par un bureau de designers lausannois, vendue au prix de 2 francs. Au final, plus de 14’000 carafes d’eau ont été servies en six mois. De plus, il était possible d’acheter pour 30 francs un "pack" comprenant une carafe et un verre : 870 exemplaires en ont été vendus durant la même période (et continuent d’ailleurs d’être proposés à la vente).

Au total, ce sont quelque 57’000 francs (47’000 euros) qui bénéficieront au Projet communautaire pour l’accès à l’eau à Nouakchott. Ce montant permettra la construction de 4’000 mètres de conduites et le raccordement au réseau d’un millier de personnes qui bénéficieront ainsi d’un accès à l’eau à domicile.

Un partenariat public-public …

En fait, cette action ponctuelle s’inscrit dans un projet plus vaste et la somme récoltée ne représente finalement que le dixième environ d’un engagement durable et conséquent de la Municipalité lausannoise, rejointe en cela par plusieurs autres communes de Suisse romande.

Tout commence en mars 2009 à Istanbul. Dans l’enceinte du Forum mondial de l’eau, des représentants de la ville de Lausanne signent, avec d’autres autorités municipales de différents continents, un "Pacte" qui invite les maires et les élus locaux à s’engager concrètement dans des actions de solidarité, voire dans des partenariats durables, pour favoriser l’accès à l’eau des populations qui en sont privées.

Sur place, de premiers contacts sont noués avec la ville de Nouakchott. S’en suivent des visites de terrain et diverses concertations qui débouchent assez rapidement sur un projet concret : le service des eaux de la ville de Lausanne épaulera celui de la Communauté urbaine de la capitale mauritanienne. Avec, pour objectif, de renforcer les compétences locales pour la gestion de l’eau et financer la réalisation d’infrastructures en eau potable.

Ce premier projet d’amélioration de l’accès à l’eau, devisé à 345’000 francs suisses (environ 285’000 €), aura duré trois ans. Des bornes fontaines ont été réhabilitées, d’autres construites, des fontainiers formés à leur gestion, 1’800 mètres de conduite posés dans un quartier de la ville, trois camions citernes et un camion vidangeur de boue achetés et envoyés à Nouakchott. Au final, plus de 17’000 personnes ont bénéficié de cet accès amélioré à l’eau potable. Mais ce n’est qu’une goutte d’eau face aux besoins d’une capitale qui a connu un développement anarchique depuis sa création à la fin des années 1950 et où les services de base n’ont pas pu suivre le rythme de sa croissance démographique (lire ci-contre)

… qui s’inscrit dans la durée

En novembre 2011, un nouveau Projet communautaire pour l’accès à l’eau prend le relais, appuyé cette fois par 14 communes romandes, mais aussi par la Coopération suisse et la Région Île-de-France. L’objectif programmé sur trois ans ne change pas, mais les engagements prennent de l’ampleur : il s’agit d’étendre le réseau d’eau d’une quarantaine de kilomètres et d’y raccorder plus de 4’000 ménages (environ 20’000 personnes), de construire plusieurs bornes fontaines et de lancer une vaste campagne de sensibilisation sur l’eau, l’hygiène et l’assainissement. Ce projet est budgété à 1’738’000 francs suisses (près de 1,5 million d’euros) et c’est sur ce compte que sera versé le montant récolté dans l’action des carafes lausannoises.

Pour la Ville de Lausanne, cette opération particulière et limitée dans le temps ne visait toutefois pas seulement à récolter des fonds supplémentaires à l’appui du projet mauritanien, mais aussi à informer encore et toujours sur une autre réalité à l’échelle mondiale : "À Lausanne comme partout ailleurs en Suisse, il suffit d’ouvrir le robinet pour que l’eau coule et cette eau est tellement bon marché que les gens ne se rendent plus compte qu’il s’agit d’une denrée alimentaire précieuse".

Au même moment, à Nouakchott, la distribution de l’eau est faite d’inégalités quant à son accès, à son prix et à sa qualité : "les deux tiers de ses habitants ne sont pas raccordés au réseau d’eau public, vivent avec moins de 25 litres d’eau par jour et par personne, et doivent se ravitailler auprès de camions citernes ou de charretiers".

Malgré les difficultés inhérentes à tous projets, malgré les différences évidentes entre les réalités concrètes, les besoins et les moyens des uns et des autres pour y faire face, Lausanne et Nouakchott ont décidé d’aller de l’avant dans leur volonté de collaboration. Ces deux villes ne sont pas les seules à s’être lancées dans cette forme de solidarité Nord-Sud et ce qu’elles entreprennent ensemble peut éventuellement servir de modèle à d’autres collectivités publiques. La ville de Lucerne aurait d’ailleurs l’intention de s’en inspirer. De tout cela, il est probable qu’on reparle ces prochains mois : dans le calendrier de l’ONU, l’année 2013 sera en effet dédiée à la coopération dans le domaine de l’eau. (bw)


- En savoir plus sur les pages eauservice du site officiel de la Ville de Lausanne
- Site web de la plateforme Solidarit’eau suisse
- Lire aussi "Gérer l’eau des villes. À Lausanne, par exemple", article aqueduc.info (16 mars 2011)




Infos complémentaires

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Plusieurs restaurateurs ont déjà dit leur intérêt à renouveler ce genre d’action de solidarité pour l’eau


:: Nouakchott ou les défis d’une croissance urbaine soutenue

Fondée en 1957, la ville de Nouakchott a vu sa population passer de 5’000 habitants en 1960 à environ 1,2 million actuellement, dont une grande partie vivent dans des bidonvilles. Cette explosion démographique pose d’énormes problèmes en matière d’accès aux services de base, notamment l’eau et l’assainissement. On estime en effet que 70% de la population ne sont pas raccordés au réseau d’eau public et dépendent donc de camions citernes ou de revendeurs d’eau pour se ravitailler.

De plus, les problèmes d’accès à l’eau et de manque d’infrastructures en matière d’assainissement ont une incidence sur les risques sanitaires auxquels sont exposés les habitants. Ainsi, depuis quelques années, une recrudescence de maladies hydriques telles que le choléra, la typhoïde ou la diarrhée est observée. La ville de Nouakchott se trouve face à d’importants défis en matière d’urbanisation qu’elle aura de la peine à gérer sans un appui autant financier qu’organisationnel de la part de la communauté internationale. (Source : eauservice, Lausanne)


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Le projet vise aussi à améliorer l’hygiène des fûts transportés par les charretiers et autres vendeurs d’eau de Nouakchott


:: Une solidarité
qui fait sens

Pour avoir les moyens de concrétiser sa volonté d’engagement dans le domaine de l’eau, la Municipalité a opté dès 1999 pour des actions de solidarité reposant sur une base équivalant à un centime par mètre cube d’eau vendu aux Lausannois, un système pratiqué aujourd’hui par la centaine de communes qui ont adhéré à la plate-forme d’échange "solidarit’eau suisse".

Et même si elle ne porte encore que sur quelques gouttes d’eau alors qu’un milliard de gens sur la planète manquent du minimum vital, "c’est une solidarité qui fait sens", commente François Münger, chef de la section Initiatives Eau au sein de la Coopération suisse. "Il n’y a pas de petites solidarités."

Des actions comme le centime de l’eau ou la carafe solidaire relèvent aussi d’une politique de partenariats de longue durée entre des collectivités ou des institutions publiques qui mettent à disposition leurs compétences et leurs savoir-faire. Mais, précise aussitôt François Münger, "ces collaborations ne sont pas à sens unique, car il s’agit de faire face à des problèmes auxquels on ne s’est peut-être jamais confronté. Et cela signifie souvent un retour sur investissements pour les entreprises qui ont besoin de défis pour aller de l’avant." (bw)


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L’argent récolté dans l’action "Lausanne Eau Solidaire" permettra aux services de l’eau de Nouakchott d’installer 4’000 mètres
de conduites

(Photos eauservice Lausanne)

Mots-clés

À paraître

Glossaire

  • Débâcle

    Dislocation soudaine de la couverture de glace d’un cours d’eau dont les blocs sont alors emportés rapidement par le courant. Lorsqu’il s’agit de la rupture d’une barrière naturelle de glace formant une retenue d’eau, on parle alors de vidange brutale de lac glaciaire (connue sous l’acronyme anglais de GLOF, “Glacial lake outburst flood”). Dans les deux cas, ce phénomène peut entraîner de graves inondations, voire des catastrophes.

Mot d’eau

  • « Et tous ces gens
    dans l’eau ... »

    “Je pense toujours à cette rivière quelque part, avec cette eau qui coule vraiment vite. Et tous ces gens dans l’eau, qui essaient de se raccrocher les uns aux autres, qui s’accrochent aussi fort qu’ils peuvent, mais à la fin c’est trop difficile. Le courant est trop puissant. Ils doivent lâcher prise, se laisser emporter chacun de son côté. Je pense que c’est ce qui nous arrive, à nous.” (Kazuo Ishiguro, "Auprès de moi toujours", 2005)


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