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novembre 2010.

Et au milieu coule un fleuve

Comment développer l’espace urbain genevois et en même temps (...)

Comment développer l’espace urbain genevois et en même temps revaloriser les berges du Rhône ? Edito, par Bernard Weissbrodt

aqueduc.info ouvre ses pages à trois projets conçus par des étudiants de la filière urbanisme du Master en sciences de l’environnement de l’Université de Genève. Trois propositions inédites qui répondent à de vrais besoins d’équipement des Genevois, imaginent des points d’articulation originaux entre la ville et le fleuve et ouvrent des perspectives pour des usages renouvelés du Rhône tout en respectant son environnement naturel.

Flurbanisation. Le néologisme inventé par l’historien français Bernard Le Sueur n’est sans doute guère élégant. Mais, faisant écho à la ’rurbanisation’ des années soixante et à la quête d’espaces campagnards par les gens des villes, il a tout de même le mérite de dire d’un seul tenant l’ambition toute récente des grandes cités fluviales de revaloriser les voies d’eau qui les traversent et de réconcilier leurs habitants avec des berges dont bon gré mal gré ils avaient été dépossédés.

Ici des équipements portuaires et des quais à l’usage des chalands et autres bateliers, là des installations hydroélectriques et des sites industriels : les villes fluviales, au fil du temps, avaient abandonné leurs rives aux activités économiques, coupant les riverains de leur environnement naturel.

Aujourd’hui ce paysage économique a changé. Les dynamismes d’antan ont peu à peu laissé la place à d’informes bâtisses et à des terrains vagues. Et l’on se dit, ici et là, qu’il faudrait faire preuve d’imagination, non pour ressusciter la nostalgie des vieilles cartes postales, mais pour réinvestir des territoires dont on a peut-être oublié qu’ils font partie de l’histoire et de l’identité des cités auxquelles les fleuves, précisément, ont jadis donné le droit de vivre et de grandir.

"Espace identitaire, écrit Gabriele Lechner, historienne de l’architecture, le fleuve constitue un élément de mémoire du lieu, un bien transmis, qu’il est question aujourd’hui à la fois de révéler, de rendre accessible et utilisable pour le plus grand nombre. Il s’agit de lui inventer un nouveau destin, de nouveaux usages, afin de le mettre en accord avec les aspirations et nécessités de l’époque." (1)

De nombreuses villes de par le monde se mettent désormais à créer, aux abords de leurs fleuves, des lieux conviviaux et font fleurir les slogans qui, pour le meilleur et pour le pire, sentent la nature et le farniente : chaque été, les bords de Seine parisiens alignent palmiers, hamacs et parasols et se changent en plages de sable, tandis que Lyon, en toutes saisons, invite à "vivre la ville d’une autre manière" : piétons, amateurs de vélos, rollers et autres amateurs de mobilité douce s’en donnent à cœur joie sur l’interminable voie verte qui longe la rive gauche du Rhône. Sans parler, à Lyon toujours, du projet assez pharaonique de reconversion de son bout de presqu’île, justement baptisé Confluence, entre Rhône et Saône, pour en faire un quartier moderne hors normes (2).

Quand l’imagination prend le pouvoir, tout semble possible. Les habitants de Sion, en Valais, ont découvert l’été dernier un projet (3) qui leur suggère d’amener leur ville au fleuve, le Rhône encore lui, relégué dans l’arrière-décor. Il faut dire que le contexte se prête à de telles audaces virtuelles : ce canton s’est lancé dans un vaste et long chantier de correction du fleuve, la troisième de l’histoire. Pareille occasion de repenser les liens tangibles entre la ville et l’eau ne se représentera pas de sitôt : des étudiants de l’École Polytechnique Fédérale de Zürich l’ont bien compris, redessinant un nouveau paysage rhodanien et une ville où en son milieu coulerait un fleuve…

Que des étudiants, futurs paysagistes, ingénieurs, architectes ou autres, planchent sur les espaces riverains des villes fluviales est plutôt encourageant pour qui cherche à leur redonner vie. À l’image par exemple de ceux qui œuvrent en France dans l’Atelier permanent fleuve-paysage, coordonné par la Maison du fleuve Rhône à Givors (4). Il importe que des jeunes, dans leurs disciplines de recherche, aient la possibilité, sans préjugés ni aucune sorte de frein aux idées, de faire valoir leur vision novatrice de ce que pourraient être les cadres de vie de demain. Quitte ensuite à faire affiner leurs propositions par d’autres experts.

La démarche menée par Géraldine Pflieger, Jérôme Chenal et Maria Isabel Haroon avec une quinzaine d’étudiants de l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université de Genève nous paraît relever de la même dynamique (5). Qu’il s’agisse de revivifier l’espace où le Rhône genevois et l’Arve mêlent leurs eaux, de revaloriser les rives industrielles du fleuve ou de retisser les liens d’une collectivité avec son cadre fluvial, l’enjeu qui stimule leurs travaux ne peut qu’être pris au sérieux : il est grand temps de jeter un regard neuf sur les traversées urbaines de ces fleuves qui, aujourd’hui, semblent prendre leur revanche sur la peur ou l’indifférence avec lesquelles les citadins les ont longtemps regardés.

Bernard Weissbrodt


Notes

(1) Gabriele Lechner, "Le fleuve dans la ville - La valorisation des berges en milieu urbain", 2006. Dossier disponible sur le site du Centre français de documentation de l’urbanisme
(2) Voir le site Lyon Confluence
(3) Voir dans aqueduc.info : "Sion-sur-Rhône, ou comment amener la ville au fleuve"
(4) Lien vers l’Atelier permanent fleuve-paysage. Voir aussi le site ’Des rives et des rêves’
(5) Géraldine Pflieger est Maître d’enseignement et de recherche (UNIGE), Jérôme Chenal, chercheur à University College London et Maria Isabel Haroon, chargée d’enseignement (UNIGE).

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Infos complémentaires

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Le Rhône à Genève,
exutoire du Léman :
passage piéton
sous le pont du Mont-Blanc

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Le pont rénové
de la Machine

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Passerelle du barrage-écluse du Seujet
© photos aqueduc.info

:: Genève,
"au Fil du Rhône"

Si Genève s’est depuis le 19e siècle fortement préoccupée d’aménager sa rade urbaine, à preuve les quais qui sur les deux rives connaissent une large fréquentation quasiment en toute saison, ce n’est que récemment qu’elle a pris conscience de la nécessité de réaménager les espaces publics riverains du Rhône, entre le Pont du Mont-Blanc et la pointe de la Jonction.

Au milieu des années 1990, alors que s’achève la construction d’un barrage-écluse à quelques foulées du centre-ville, une commission municipale planche sur la meilleure manière de réhabiliter l’ensemble de cet espace fluvial et de le rendre au cheminement piétonnier, en mettant en continuité places, quais, promenades, digues, ponts et passerelles. Il en ressort un projet, baptisé "Au Fil du Rhône", dont la mise en œuvre, confiée à l’architecte genevois Julien Descombes et prévue sur plusieurs années, s’est déjà concrétisée par quelques réalisations notoires. Dernière en date : la rénovation du pont historique dit "de la Machine" et l’aménagement sur pilotis d’une esplanade en bois offrant au public "un nouveau lieu de détente insolite au cœur de la rade".

L’ensemble du projet, auquel plusieurs artistes ont été associés dès le départ, s’est vu attribuer en l’an 2000 le Prix Wakker de Patrimoine suisse, récompensant les efforts des architectes, ingénieurs et artistes soucieux de " faire de l’espace fluvial un espace à vivre". Ce qui correspond à une sorte de reconnaissance on ne peut plus officielle pour une initiative qui tente non sans succès de concilier recherche esthétique et valorisation du patrimoine industriel du fleuve urbain. (bw)


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Mots-clés

Mot d’eau

  • Eau de dents

    "À Suse, qui est une capitale perse, il est une toute petite source qui fait perdre les dents à ceux qui s’y sont abreuvés. On y a pareillement gravé une épigramme qui exprime l’idée suivante : cette eau est excellente pour se laver, mais de la boire ébranle les dents jusque dans leurs racines et les fait tomber." (Vitruve, architecte romain, 1er s. av. J.-C.).

Glossaire

  • Hydrolienne

    Turbine hydraulique mise en mouvement par un courant d’eau fluvial ou marin (marée) permettant de transformer son énergie cinétique en énergie mécanique puis électrique par le biais d’un alternateur. Installée sous la surface de l’eau ou posée dans le lit d’un cours d’eau ou sur un fonds marin, l’hydrolienne offre un potentiel énergétique supérieur à celui d’une éolienne.


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