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26 août 2020.

Eaux pluviales en ville : changer les pratiques

« Face aux conséquences du dérèglement climatique, l’eau doit (...)

« Face aux conséquences du dérèglement climatique, l’eau doit impérativement revenir au cœur de nos villes et de nos villages par le biais de projets résilients et intégrant mieux la gestion des eaux pluviales », écrivent dans la revue en ligne Aqua & Gas [1], deux collaborateurs de l’Office cantonal genevois de l’eau. Pour Frédéric Bachmann et Gaëtan Seguin, la prise de conscience de la nécessité de changer de pratiques en la matière est certes tangible, mais « la transition vers une meilleure gestion des eaux pluviales se révèle lente et difficile à mettre en œuvre. Les projets, dans leur grande majorité, continuent d’être réalisés au regard d’un monde qui ne connaîtrait pas les conséquences du changement climatique, alors qu’ils sont aujourd’hui construits pour les cinquante, quatre-vingts ou cent prochaines années. » On trouvera ci-dessous quelques extraits de leur propos.

« Les bonnes pratiques en matière de gestion des eaux pluviales sont connues, étudiées et documentées depuis plus de trente ans », notent d’emblée les auteurs de l’article. « Des techniques comme les toitures végétalisées, les noues, les bassins de rétention, les mares, les tranchées drainantes permettent de sortir de la logique du tout-tuyau, tout en permettant d’atteindre les objectifs de protection des cours d’eau. Les solutions sont simples, éprouvées, durables, parfois même ancestrales, et font l’objet de nombreuses publications [2].

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Exemple d’usage excessif de grilles
dans un aménagement extérieur à Genève.
(© Etat de Genève, Théo Gardiol,
pour toutes les photos de cette page).

Pourtant, force est de constater que (…) la gestion de l’eau de pluie est encore trop souvent appréhendée comme une succession de solutions techniques puisées dans des catalogues ou des normes, mises bout à bout, dans le seul but de répondre à une exigence de rejet ou à une contrainte fixée par l’administration.

De plus, l’eau apparaît souvent tardivement dans l’élaboration d’un projet. Elle est principalement perçue comme un élément à évacuer et repose quasiment exclusivement sur les compétences de l’ingénieur civil et/ou de l’ingénieur sanitaire qui, intervenant en fin de projet, n’ont que peu de marge de manœuvre, voire pas du tout. »

L’eau de pluie est une ressource

L’une des manières de fixer des objectifs en matière de gestion des eaux consiste, selon Frédéric Bachmann et Gaëtan Seguin, à l’aborder sous l’angle des services écosystémiques qu’elle rend et de façon pluridisciplinaire : « Plus qu’un élément à gérer et à évacuer, l’eau de pluie est vectrice de biodiversité, de nature, de pédagogie et de jeu. Elle offre aux projets une identité, un caractère, une attraction, et à ses usagers un cadre de vie amélioré et adapté aux risques climatiques.

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Venelle dans le quartier des Vergers à Meyrin (GE)

Idéalement, si l’on ne raisonnait que sous l’angle de la thématique de l’eau, tous les services rendus par celle-ci devraient être mis en avant et maximisés, or nous savons que c’est non seulement impossible, mais pas souhaitable. L’eau ne doit pas prendre toute la place, mais la bonne place. L’espace pris par l’eau doit être partagé avec d’autres usages, récréatifs, sportifs ou environnementaux. Il s’agit avant tout de fixer des objectifs cohérents, servant les intérêts généraux du projet et donc partagés par tous les intervenants. Cela requiert une vision globale, un dialogue, des échanges, une compréhension mutuelle, des compromis et des concessions. »

Les chemins de l’eau

« Entre l’endroit où elle tombe et l’endroit où elle est acheminée et évacuée (sol, lac, cours d’eau, canalisation), l’eau de pluie parcourt un chemin à l’itinéraire plus ou moins long et tortueux. L’eau y subit des transformations, s’infiltre, s’accumule, accélère, ralentit, passe au travers d’ouvrages, traverse des paysages et des aménagements et entre en contact avec différents matériaux. Par son parcours, l’eau raconte une histoire, dialogue avec son environnement et y pose son empreinte.

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Les chemins des eaux pluviales,
des bâtiments au milieu naturel
en passant par les parcelles et l’espace public
(© ATM pour l’office cantonal genevois de l’eau)
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Ces chemins de l’eau doivent être parcourus majoritairement à ciel ouvert, d’une part pour garantir leur continuité et leur cohérence, d’autre part pour diminuer les débits et ralentir les écoulements, ceci en allongeant le parcours de l’eau, en diminuant la pente par un cheminement qui serpente perpendiculairement au terrain, en utilisant des surfaces rugueuses, en multipliant les micro-stockages, en déconnectant des surfaces du réseau et en infiltrant ponctuellement. »

Deux remarques complémentaires à ce propos : d’une part les eaux de pluie (sauf événement exceptionnel) peuvent sans contrainte ou presque être mises en valeur par un cheminement à ciel ouvert, par des miroirs d’eau et des flaques qu’elle produit ou par un arbre qu’elles arrosent ; d’autre part, il convient de privilégier les espaces multifonctionnels où les usages peuvent se superposer : « équipements sportifs, aires de jeux, cours d’écoles, parcs et jardins, places, rues, cœurs d’îlots, ronds-points et promenades peuvent servir d’une manière ou d’une autre à gérer les eaux de pluie sans perdre leur fonction initiale ».

Le triptyque eau-sol-arbre

Aujourd’hui, il faut bien reconnaître que la plupart des arbres en milieu urbain bénéficient rarement de l’apport d’eau de pluie. Dans la grande majorité des cas, cette eau disparaît dans une grille. Pourtant, soulignent Frédéric Bachmann et Gaëtan Seguin, l’arbre est l’une des clés de la gestion des eaux pluviales et d’une adaptation aux effets du changement climatique en milieu urbain. Conjuguer arborisation et gestion des eaux devrait devenir comme un réflexe.

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Rue de St-Jean en ville de Genève

« Cela offre de nombreux avantages : les réseaux d’évacuation sont moins sollicités, le sol filtre l’eau de pluie, à la source, avant qu’elle n’ait eu le temps de se charger en polluants, elle alimente une végétation agissant comme climatiseur et offrant d’autant plus d’ombre qu’elle peut croître rapidement, dans des conditions favorables. Le confort thermique et la qualité de vie sont ainsi améliorés et le cycle naturel de l’eau est en partie rétabli. »

En guise de conclusion, on retiendra de cet article la double conviction que l’avenir de l’eau dans les agglomérations ne dépend pas seulement de dispositifs techniques conçus par les professionnels de l’assainissement mais aussi par la prise en compte de l’intégration de cette ressource dans le paysage urbain, et que pour cela il est absolument nécessaire de faire appel à une meilleure mise en commun des connaissances et des expériences et à la promotion de métiers polyvalents, bref au décloisonnement et à une collaboration fructueuse entre les multiples compétences techniques et administratives directement concernées « pour que soient compris et partagés les bénéfices de mettre l’eau au cœur des villes et villages » [3]. (bw)

P.S. Frédéric Bachmann et Gaëtan Seguin confirment que l’article qu’ils ont publié dans la revue Aqua & Gas a reçu un accueil très positif de la part de nombreux acteurs du territoire (offices et services cantonaux, communes, bureaux d’étude, associations, coopératives) et qu’un véritable changement de pratiques est en train de se mettre en place, par le biais de projets concrets. Un important effort est fourni par les collaboratrices et collaborateurs du service de la planification de l’eau pour impulser et accompagner ce changement.




Notes

[1Frédéric Bachmann et Gaëtan Seguin, Office cantonal de l’eau de l’État de Genève, Eau en ville - vers un changement de pratiques, article publié sur le site Aqua & Gas de la Société Suisse de l’Industrie du Gaz et des Eaux (SSIGE) et de l’Association suisse des professionnels de la protection des eaux (VSA), 20 juillet 2020. Cet article fait écho à un document publié en avril 2020 par l’Office cantonal genevois de l’eau : « Eau en Ville, Gestion des eaux pluviales : vers un changement de pratiques ? ». À noter qu’en novembre 2019, l’administration genevoise a initié un mandat visant à concevoir un concept d’intégration idéale de l’eau dans la ville. Le secteur pilote est un quartier de 25 hectares (Grosselin) situé au cœur du grand projet d’urbanisme Praille Acacias Vernets (PAV).

[2Voir notamment la publication suisse sans doute la plus connue : « Où évacuer l’eau de pluie ? Exemples pratiques », Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage (OFEFP), 2000. Voir >

[3Sur le même thème, lire aussi dans aqueduc.info : « Valoriser l’eau de pluie des villes » (15 février 2017) et « Les zones humides urbaines sont vitales » (22 janvier 2018).

Mots-clés

Mot d’eau

  • Contempler l’eau

    “Je ne connais pas d’occupation plus totale de soi que de contempler l’eau, surtout l’eau mi-morte. À la fois plaisir et souffrance, divertissement de chaque minute et ennui compact des heures, plénitude et vide ; on vit avec une profonde et sourde intensité en même temps qu’on se détache et s’oublie, on se pétrit et on se délite dans une contradiction dont on ne cherche pas la clé, et il y en a certainement une, mais inutile. À quoi bon comprendre ?” (Alexandre Arnoux, “Rhône, mon fleuve”, 1967)

Glossaire

  • Porosité, perméabilité

    Les deux mots ne doivent pas être confondus car une roche poreuse (un grès par exemple) peut être perméable ou imperméable. On parle de la porosité d’un milieu, d’un sol ou d’une roche lorsqu’ils comportent des pores, c’est-à-dire des vides et des interstices de petite taille parfois microscopique. Le calcul de la porosité permet d’évaluer la capacité de stockage d’un milieu. On parle de perméabilité d’un milieu lorsqu’il est apte non seulement à se laisser pénétrer par un fluide, mais également à être complètement traversé par lui.


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