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24 octobre 2006.

Eaux continentales : du travail pour les chercheurs

Dans sa série d’études sur la science et la technologie, l’Académie (...)

Dans sa série d’études sur la science et la technologie, l’Académie des sciences de l’Institut de France consacre son 25e rapport au thème des eaux continentales. Un rapport qui tente d’apporter un éclairage sur les difficultés auxquelles le monde pourrait être confronté dans le domaine de l’eau au cours de prochaines décennies et dont on pressent qu’elles pourraient être dramatiques.

Le rapport – qui se concentre principalement sur les questions techniques et n’aborde pas directement les questions relevant des sciences humaines, sociales et économiques – est essentiellement orienté sur les problèmes de ressources en eau, de production alimentaire, d’écosystèmes et de qualité de l’eau, en particulier de l’eau potable, et de risques d’inondation.

Ses auteurs estiment que la répartition inégale de l’eau obligera à des choix techniques et géopolitiques encore mal appréhendés, faute de volonté politique et de moyens adéquats. Ils relèvent en particulier trois grandes sources de problèmes qui n’auront de conséquences inéluctables que si on les anticipe et qu’on en contrecarre le développement, à savoir :

- les changements démographiques, qui vont vraisemblablement faire croître la population de 6 à 9 milliards d’être humains d’ici 2050 et faire passer le taux d’urbanisation de 50 % à 80 %. L’accès à l’eau - production alimentaire, adduction d’eau potable et assainissement – est au cœur de la menace

- les changements technologiques et socio-économiques, qui, par-delà leurs effets positifs, peuvent avoir aussi de graves conséquences sur le cycle ou l’utilisation des eaux, notamment par le rejet polluant de produits et de constituants nouveaux.

- les changements climatiques liés aux émissions de gaz à effets de serre, qui auront une incidence progressive sur les situations moyennes, mais agiront aussi sur les événements extrêmes (crues, sécheresse) dont les fréquences sont susceptibles de varier notablement.

"On ne manquera jamais d’eau", dit Ghislain de Marsily, membre de l’Académie des Sciences, et directeur du rapport sur "Les eaux continentales" de cet institut. Mais son diagnostic sur la gestion de l’eau à long terme est beaucoup plus sévère : il dénonce aussi bien la faiblesse des données sur les richesses en eau que l’absence de réflexion sur l’avenir des écosystèmes et, surtout, sur la disponibilité de cet élément pour l’agriculture dans les différentes régions du monde.

D’où la nécessité, affirmée en conclusion de l’avant-propos du rapport de l’Académie des Sciences, "de développer de toute urgence les disciplines écologiques et, en particulier, une écologie capable de modéliser les conséquences du réchauffement climatique, ce qui permettrait de mieux tirer profit des eaux continentales, clef de voûte de la satisfaction des besoins alimentaires et de l’amélioration de la santé humaine sur la planète".


"Les eaux continentales"
Rapport sur la science et la technologie n°25, sous la direction de Ghislain de Marsily
Éditions EDP Sciences - Septembre 2006



Infos complémentaires

:: Recommandations

Le rapport de l’Académie des sciences se termine sur un chapitre de recommandations. Quelques-unes, parmi d’autres :

- il faut renforcer les recherches sur les composantes hydrologiques du climat, car les populations seront probablement plus vulnérables aux effets des variations des régimes hydrologiques qu’à ceux des variations de températures

- les chercheurs doivent bénéficier de données fiables : depuis quelques années, les mesures hydrologiques disponibles sont à la baisse, elles deviennent confidentielles et payantes dans les pays industrialisés, elles ne sont plus récoltées, ou seulement de façon lacunaire, dans les pays en développement

- il importe de développer des scénarios à long terme sur l’adéquation besoins-ressources : la bonne gouvernance des problèmes de l’eau passe par l’anticipation des difficultés futures et les travaux hydrauliques demandent beaucoup de temps

- eau et santé : il faut favoriser les politiques de maîtrise des pollutions à la source (par exemple dans les hôpitaux) afin de réduire l’exposition des consommateurs aux mélanges de micropolluants organiques et médicaments

- alimentation mondiale : il est important d’encourager la culture de variétés céréalières plus rustiques et moins gourmandes en eau.

:: Liens

Le rapport est en consultation interactive sur le site www.academie-sciences.fr

Texte intégral du rapport en ligne, non imprimable

Mots-clés

Glossaire

  • Aquaponie

    Mode de production alimentaire qui conjugue la culture de plantes (hors-sol) et celle d’animaux aquatiques (aquaculture) dans un système de recirculation. Cette méthode, économe en eau, utilise les déchets de poissons comme solution nutritive organique pour cultiver des légumes. L’aquaponie permet de produire des aliments riches en protéines. Elle peut être pratiquée dans de petites unités domestiques comme dans de grandes surfaces à but commercial, en eaux douces comme en eaux saumâtres (Source : FAO).

Mot d’eau

  • Entre la ressource et la source, comment dire l’eau avec justesse ?

    " Entre l’expérimentation du chimiste qui dit clairement la composition de l’eau mais en oublie l’usage, et l’expérience des usagers qui en vivent les troubles, les dangers et les surprises, y a-t-il une place pour une épreuve de soi et du monde qui dise l’eau au lieu de ne faire qu’en parler ? " (Jean-Philippe Pierron, "La Poétique de l’eau")


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