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4 mai 2011.

Eau potable en Suisse romande : normes de qualité respectées, mais …

Le magazine de défense des consommateurs ‘Bon à savoir’ et les (...)

Le magazine de défense des consommateurs ‘Bon à savoir’ et les journalistes de l’émission ‘On en parle’ de la Radio suisse romande ont fait enquête commune sur la qualité de l’eau potable en Suisse romande. Ils ont prélevé des échantillons d’eaux du robinet et d’eaux minérales en bouteilles qu’ils ont fait analyser. Conclusions : dans tous les cas, les normes légales étaient satisfaites. Nulle trace de plomb ni de bactéries pathogènes. Mais, par contre, plusieurs résidus chimiques ont été détectés. D’où un certain nombre d’interrogations et de conseils.

« L’eau est le miroir du monde où nous vivons » titre l’article principal de ‘Bon à savoir’. Entendez par là que ce que nous rejetons indûment dans l’environnement risque un jour ou l’autre de se retrouver à nos robinets et dans nos bouteilles. Même si, en Suisse, l’eau potable est très certainement la denrée alimentaire la mieux surveillée, même si les distributeurs suisses ont sans doute raison de vanter une qualité d’eau tout à fait respectueuse des normes légales de ce pays, il n’empêche que les traces de germes, de métaux lourds et de micropolluants que l’on peut trouver ici ou là sont de vrais sujets de préoccupation pour les consommateurs comme pour les scientifiques et les techniciens.

Pour l’enquête, de l’eau potable a été prélevée dans quatorze ménages (deux par canton romand). Six eaux minérales non gazeuses parmi les plus vendues dans les grandes surfaces ont été également soumises aux tests. Les prélèvements d’eau de robinet différaient cependant de la méthode légale pratiquée en Suisse qui prescrit de laisser préalablement couler l’eau durant cinq minutes. Les enquêteurs ont décidé de se mettre dans la situation réelle des consommateurs et de recueillir de l’eau au robinet de cuisine aux premières heures de la matinée après une nuit sans aucun écoulement.

« Tous les échantillons analysés obéissaient aux normes légales, lit-on dans le magazine ‘Bon à savoir’. Les experts n’ont ainsi pas trouvé de traces de plomb, ni de bactéries pathogènes susceptibles de rendre malade. Mais la présence de nombreux résidus chimiques dans l’eau potable nous a laissés perplexes. Une eau minérale en contenait également. »

Ici ou là, les analyses ont révélé la présence de nickel et de germes aérobies mésophiles, des traces de coliformes totaux, de streptocoques fécaux, de pesticides parmi lesquels de l’atrazine, de benzotriazole, de pilules contraceptives, ou encore de nonylphénol (dans l’une des bouteilles d’eau minérale).

Responsabilités partagées

Après avoir souligné que les normes légales suisses n’ont été outrepassées dans aucun de ces échantillons et que les services de distribution ne cessent d’investir dans l’amélioration des technologies de traitement et d’épuration des eaux, l’émission ‘On en parle’ a donné l’occasion de rappeler aussi que la responsabilité de ces distributeurs s’arrête aux compteurs, c’est-à-dire là où commence la responsabilité des propriétaires des immeubles où cette eau est ensuite consommée (quel est l’état réel des conduites intérieures ?), celle aussi des consommateurs qui se doivent notamment de veiller à l’hygiène des robinets (nettoyage des brise-jets, par exemple).

Quant au forum qui a suivi la présentation des résultats de l’enquête, il a démontré que le grand public était très attentif à ce genre de problèmes. De nombreuses questions ont été posées qui montrent un grand besoin d’information en la matière. Les lois ne devraient-elles pas être plus contraignantes ? Quels risques représentent réellement les traces de micropolluants ? Faut-il laisser couler l’eau du robinet avant de la boire ? Les adoucisseurs et filtres en tous genres sont-ils d’une quelconque utilité ? Bref, de réelles manifestations d’inquiétudes dont personne n’osera dire qu’elles ne sont pas légitimes, puisqu’il y va de la santé de tout un chacun et de celle des générations futures. (bw)




Infos complémentaires

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:: VERBATIM

Les méthodes d’analyse

« En Suisse on considère que l’eau qu’on analyse et qui doit être propre à la consommation doit avoir coulé pendant cinq minutes. Ce qui n’est évidement pas ce que fait le consommateur. Dans l’Union européenne, la situation est différente : c’est la première eau, telle qu’elle est prélevée. C’est une différence importante qui fait que la manière dont on apprécie la qualité de l’eau en Suisse est un peu différente de ce qu’on fait dans l’Union européenne. Je dirais que nous avons là un peu de retard. » (Pierre Bonhôte, chimiste cantonal, Neuchâtel)

Les cocktails de micropolluants

« Nous avons fait des essais avec des mélanges de pesticides. Nous avons vu qu’individuellement ces pesticides avaient certaines activités toxiques mais qu’en mélanges ils peuvent avoir une activité toxique cent fois supérieure. Ces micropolluants peuvent réagir entre eux et avoir des effets synergiques qui peuvent être beaucoup plus violents que les produits purs. » (Claude Reiss, toxicologue moléculaire, président d’Antidote Europe)

« Les études menées ces dernières années montrent que l’on trouve des traces infimes de ces substances dans l’eau potable. Individuellement, ces doses ne sont pas inquiétantes, mais beaucoup de questions se posent quant à l’effet cocktail à long-terme de notre ingestion de ces substances chimiques. Il reste que les quantités de substances chimiques ingérées via l’alimentation (additifs, conservateurs, pesticides, etc..) ou via les cosmétiques (biocides, colorants, parfums, anti-UV, etc) me semblent être plus problématiques que leur ingestion via l’eau potable. » (Nathalie Chèvre, ecotoxicologue, chercheuse à l’Université de Lausanne)


:: LIENS UTILES
À PROPOS DE CE TEST

- Le dossier de
‘Bon à Savoir’

- Les conseils de
‘Bon à Savoir’

- Le tableau comparatif de l’enquête
- L’émission
‘On en parle’

- Le forum interactif de
‘On en parle’

Mots-clés

Glossaire

  • Aquaponie

    Mode de production alimentaire qui conjugue la culture de plantes (hors-sol) et celle d’animaux aquatiques (aquaculture) dans un système de recirculation. Cette méthode, économe en eau, utilise les déchets de poissons comme solution nutritive organique pour cultiver des légumes. L’aquaponie permet de produire des aliments riches en protéines. Elle peut être pratiquée dans de petites unités domestiques comme dans de grandes surfaces à but commercial, en eaux douces comme en eaux saumâtres (Source : FAO).

Mot d’eau

  • Entre la ressource et la source, comment dire l’eau avec justesse ?

    " Entre l’expérimentation du chimiste qui dit clairement la composition de l’eau mais en oublie l’usage, et l’expérience des usagers qui en vivent les troubles, les dangers et les surprises, y a-t-il une place pour une épreuve de soi et du monde qui dise l’eau au lieu de ne faire qu’en parler ? " (Jean-Philippe Pierron, "La Poétique de l’eau")


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