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27 novembre 2009.

Eau et climat : scénarios pour bientôt

Les hausses de température auront pour effet d’accélérer le cycle de (...)

Les hausses de température auront pour effet d’accélérer le cycle de l’eau : l’évaporation sera plus intense, la quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère augmentera, les précipitations seront plus abondantes, mais leur répartition autour du globe va probablement se modifier selon des scénarios encore incertains. Ce qui est quasiment sûr, comme le disait déjà en 2007 le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), c’est que les changements climatiques vont aggraver les pressions sur les ressources hydriques de la planète, alors qu’elles sont déjà sous la menace de la croissance démographique et économique et du changement d’affectation des sols, notamment pour l’urbanisation.

Les scénarios élaborés par le GIEC sont à prendre au sérieux. Brefs rappels en ce qui concerne certaines conséquences du réchauffement climatique sur les systèmes hydrologiques :

- Le niveau des mers va probablement s’élever, à cause surtout de la dilatation thermique des eaux océaniques et, dans une moindre mesure, de la fonte des glaces.

- Le recul des glaciers et la réduction de la couverture neigeuse vont restreindre la disponibilité en eau et le potentiel de production hydroélectrique. Dans les régions alimentées par des eaux provenant de grandes chaînes de montagnes (Himalaya, Cordillère des Andes, Alpes et autres) on assistera sans doute à une modification des régimes hydrologiques saisonniers.

- Les changements dans les précipitations et la température vont modifier le ruissellement et la disponibilité de l’eau : davantage d’eau dans les plus hautes latitudes et dans certaines régions tropicales humides, moins d’eau dans certaines régions sèches des latitudes moyennes et tropicales sèches.

- De nombreuses régions semi-arides souffriront d’une diminution des ressources en eau, les régions déjà touchées par la sécheresse vont encore s’étendre, et il faut donc s’attendre ici et là à une hausse de la demande en eau d’irrigation.

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Inondations de l’Elbe, Allemagne, 2006
© Martina Topf - Fotolia.com

- Les experts prévoient également une augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements météorologiques exceptionnels. Le risque accru d’inondations posera de gros défis en matière de sécurité des riverains et des infrastructures physiques, mais aussi pour l’approvisionnement en eau potable.

- L’augmentation des températures affectera les propriétés physiques, chimiques et biologiques des lacs et des rivières, avec des effets néfastes sur la flore et la faune, ainsi que sur la qualité de l’eau. Dans les zones côtières, l’élévation du niveau des mers augmentera les pressions sur les ressources en eau douce en raison de la salinisation croissante des eaux souterraines.

« La spirale infernale du sous-développement »

Dans l’édition 2007-2008 de son Rapport mondial sur le développement humain consacré précisément à la lutte contre les changements climatiques, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) notait avec vigueur que ces divers impacts sur la disponibilité des ressources en eau ne feront que renforcer le cercle vicieux du sous-développement humain.

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Les ressources en eau
des populations défavorisées
vont encore s’éroder
© Nicolas Barthe - Fotolia.com

Le réchauffement planétaire “risque d’entraîner les pays les plus pauvres de la planète et leurs citoyens les plus pauvres dans une spirale infernale” : d’ici à 2080, 1,8 milliards de personnes supplémentaires pourraient être victimes du stress hydrique (moins de 1’700 mètres cubes d’eau douce par habitant et par an). Les ressources écologiques dont dépendent les populations défavorisées vont s’éroder, elles limiteront les possibilités d’emploi et de production. L’agriculture, l’environnement et les habitats humains sont clairement menacés.

Les changements climatiques s’ajouteront aux autres pressions plus générales sur les systèmes hydriques. De nombreux bassins fluviaux et d’autres sources d’eau font d’ailleurs déjà l’objet d’une exploitation non viable. Aujourd’hui, environ 1,4 milliard de personnes vivent dans des bassins fluviaux ‘fermés’ où l’on consomme des quantités d’eau supérieures à leurs niveaux de décharge, ce qui provoque de graves dommages écologiques.

Certains symptômes de stress hydrique sont déjà visibles : effondrement des systèmes fluviaux en Chine du Nord, baisse rapide des niveaux des nappes souterraines en Asie du sud et au Moyen-Orient. Les changements climatiques dangereux vont intensifier ces symptômes.

Neuf des quatorze pays de la région Proche-Orient sont déjà caractérisés par une disponibilité de l’eau par habitant inférieure au seuil de la rareté (moins de 1’000 mètres cubes par personne et par an). On prévoit une diminution des précipitations en Égypte, en Jordanie, au Liban et en Palestine. L’accès aux eaux du fleuve Jourdain, des aquifères transfrontaliers et du Nil pourrait devenir un point de contentieux et de focalisation de tensions politiques en l’absence d’un renforcement des systèmes de gestion de l’eau.

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L’île de Sein, en France,
n’est pas vraiment à l’abri
de la montée des eaux
© Michel Bataillard - Fotolia.com

Bref, les changements climatiques et leurs impacts sur les systèmes hydriques de la planète ont un coût humain incalculable : le manque d’accès à l’eau est une menace pour la santé par le biais de toutes sortes de maladies souvent mortelles pour les enfants, le déficit en eau pour les cultures traditionnelles annonce de prochaines famines et avec elles des exodes vers les villes et des migrations au-delà des frontières, les catastrophes naturelles, sécheresses et inondations touchent de plus en plus de populations vulnérables, les habitants de certaines régions côtières ou insulaires sont quasiment menacés d’exil. (bw)




Infos complémentaires

Planète Terre liquide
© choucashoot -Fotolia.com


:: Verbatim

« Le système climatique, le système d’eau douce et les systèmes biophysiques et socioéconomiques sont liés de manière complexe. Ainsi, toute modification de l’un de ces facteurs peut induire un changement de n’importe lequel des autres. Les problèmes associés à l’eau douce sont critiques pour la détermination des principales vulnérabilités par région et par domaine. C’est pourquoi la relation entre le changement climatique et les ressources en eau douce est d’un intérêt capital pour les sociétés humaines. Elle présente également des implications pour toutes les espèces vivantes. »
(Document technique VI du GIEC, ‘Le changement climatique et l’eau’, 2008)

***

« Pour une grande partie de la population des pays en développement à travers le monde, les projections du changement climatique indiquent des moyens de subsistance moins sûrs, une plus grande vulnérabilité à la faim et à la pauvreté, une aggravation des inégalités sociales et de la dégradation environnementale. Le changement climatique – contrairement au tsunami de l’océan Indien ou au séisme au Cachemire – menace d’engendrer non pas une catastrophe unique mais bien une catastrophe se déployant lentement. S’il est possible d’influer sur l’ampleur du futur changement climatique, nous avons d’ores et déjà atteint le point de non retour. Un changement climatique dangereux est désormais inévitable. La réaction de la communauté internationale déterminera les perspectives du développement humain pour les générations actuelles et à venir. Une priorité immédiate est de compléter les stratégies d’atténuation du changement climatique au moyen de stratégies de soutien à l’adaptation aux modifications inévitables du climat. »
(Rapport mondial sur le développement humain 2006 : ‘Au-delà de la pénurie : pouvoir, pauvreté et crise mondiale de l’eau’)


:: Liens et documents
de référence

- CONFÉRENCE DES NATIONS UNIES
SUR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE
COPENHAGUE 2009

Site web du pays hôte, le Danemark)

- Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)
- Quatrième Rapport d’évaluation (2007)
- Document technique VI : ‘Le changement climatique et l’eau’ (2008)
Documents disponibles sur le site du GIEC

- PNUD - Rapport mondial sur le développement humain 2007/2008
La lutte contre le changement climatique : un impératif de solidarité humaine dans un monde divisé
Rapport disponible sur le site du PNUD


:: Copenhague, eau et climat
dossier aqueduc.info

- Éditorial : Copenhague, l’eau évaporée
- Eau et climat : impacts en Suisse
- “L’eau doit figurer à l’ordre du jour de Copenhague”
- Eau et climat : un guide européen pour des stratégies d’adaptation

Mots-clés

Mot d’eau

  • Nous n’avons pas de fleuves

    "Nous n’avons pas de fleuves, nous n’avons pas de puits, nous n’avons pas de sources ; seules quelques citernes, vides elles aussi, résonnent, et nous les adorons." (Georges Séféris, "Mythologies", 1935)

Glossaire

  • Piézomètre

    En hydrologie, un piézomètre est un dispositif qui permet, à partir du sol, d’avoir un accès direct à une nappe d’eau souterraine. Il s’agit d’un tube de forage par lequel on peut non seulement déterminer le niveau d’eau de la nappe et la réserve disponible, mais aussi prélever de l’eau pour analyser ses qualités physiques, chimique et biologiques. Ces différentes mesures, nécessaires pour exploiter un aquifère de manière durable, sont faites manuellement ou à l’aide de sondes automatiques.


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