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29 janvier 2008.

AQUA PRO 2008 : eau, délit de fuite

Prendre soin de l’eau et cesser de la gaspiller est un sujet de (...)

Prendre soin de l’eau et cesser de la gaspiller est un sujet de conversation de plus en plus fréquent. Mais, par contre, on ne parle généralement que fort peu des pertes dans les réseaux de distribution. C’est vrai que ce n’est pas la meilleure image que les distributeurs pourraient donner de leur métier si ces fuites faisaient la une de l’actualité. Quand donc ils décident de mettre ce sujet à l’agenda de l’une de leurs journées techniques – qui plus est dans le cadre d’une manifestation comme le Salon Aqua Pro 2008 à Bulle – il convient de tendre l’oreille (c’est l’expression qui convient le mieux ici) pour mieux comprendre les moyens mis en oeuvre pour résoudre ces problèmes. Lesquels, en fin de comptes, coûtent cher aux collectivités.

Objectif zéro fuite. C’est sur cette ambition – utopie et/ou réalité ? - que le Salon Aqua Pro de Bulle, dans le canton de Fribourg, a ouvert son édition 2008, la quatrième de sa jeune histoire. Pour l’occasion, la Société des distributeurs d’eau de Suisse romande avait même réussi à rassembler fièrement pas moins de 270 de ses membres. C’est que traquer les fuites des réseaux de distribution d’eau potable n’est pas le moindre souci des fontainiers. Il y va aussi de leur image de marque, quand bien même les usagers leur portent encore et toujours une très grande estime.

Il n’est pas trop difficile, théoriquement, d’expliquer les fuites d’un réseau d’eau. Bien souvent, c’est un problème dû au vieillissement des conduites dont on dit, généralement, qu’elles ont une espérance de vie tournant autour des 60 à 80 ans. Mais ce n’est pas seulement une question d’âge, explique Aitor Ibarrola, responsable de la distribution au Service des eaux de la Ville de Lausanne. Dans les années 70, on a recouru par exemple à de nouveaux équipements en fonte ductile, qui certes « encaissaient » mieux les mouvements de terrain, mais qui se sont rapidement révélés plus fragiles. Et qui ont posé ou posent encore de gros problèmes.

Il y a d’abord les ruptures de canalisations, souvent spectaculaires, qui peuvent causer de gros dégâts. Les réparations doivent alors être entreprises immédiatement. Il y a les fuites subtiles, celles que l’on présume ou pressent : les retrouver suppose des compétences de détective. Et il y a aussi, aujourd’hui, tout un travail de contrôle préventif et de diagnostic permanent en train de prendre forme.

Méthodes comptables…

La méthode classique, à froid, consiste à calculer les bilans d’eau : on compare les volumes d’eau produits avec les volumes d’eau vendus. La différence permet de déterminer les quantités d’eau non comptabilisées et/ou perdues. Le principe paraît simple, mais chacun sait que les célèbres calculs de robinets peuvent se révéler très ardus. Pas facile en tout cas de faire un bilan qui tienne compte de tous les paramètres. Genève s’y est essayé très méthodiquement, avec des résultats estimatifs assez intéressants quant à la quantité d’eau non vendue : 7,2 millions de mètres cubes sur une production totale de 65,8 millions (soit près de 11%), qui se traduisent par une perte financière annuelle d’environ 3,8 millions de francs suisses.

… ou acoustiques

L’eau qui fuit d’une canalisation sous pression fait du bruit et peut provoquer des vibrations sur de longs tronçons de tuyaux et dans le sol alentour. La technique la plus souvent utilisée consiste à quadriller le réseau de distribution jusqu’à repérer les zones les plus bruyantes. Mais attention ! tempère tout de suite Aitor Ibarrola : si les fuites étaient toujours là où il y a le plus de bruit, ça se saurait ! On croit avoir trouvé, et parfois on tombe sur des « fuites sèches » ! Il est à peu près révolu, du moins dans les villes, le temps où l’on utilisait des stéthoscopes manuels pour des écoutes au sol. Désormais, les services des eaux disposent de capteurs acoustiques très sensibles, et de micros émetteurs et autres hydrophones très performants qui, placés sur des vannes ou des bornes fontaines, peuvent envoyer des informations ponctuelles vers un véhicule patrouilleur ou en continu et en temps réel vers un ordinateur central. Une analyse attentive des données ainsi recueillies permet, secteur par secteur, de quantifier les débits et de localiser les pertes éventuelles avec une assez grande précision.

Les fuites coûtent cher

Les factures sont même très salées lorsque les fuites surviennent à l’improviste. Bonjour les dégâts ! Mieux vaut donc les rechercher de manière préventive et systématique plutôt que d’avoir à les colmater d’urgence. À Lausanne, par exemple une personne, à elle seule, est en mesure actuellement d’ausculter chaque année entre 350 et 450 kilomètres de conduites ! On comprend aussi pourquoi les services de distribution d’eau ont tout intérêt à se concerter avec les autres entreprises responsables de réseaux parallèles (gaz, électricité, télécommunications, etc.) pour ne manquer aucune occasion de vérifier l’état des canalisations.

Bernard Weissbrodt

(Informations recueillies lors de la Journée technique de la Société des distributeurs d’eau de Suisse romande, SDESR, www.sdesr.ch – Bulle, 16 janvier 2008)




Infos complémentaires

Recherche électro-acoustique de fuites d’eau (Photo K.Lienhard AG)

On utilise beaucoup aujourd’hui une méthode dite « de corrélation acoustique » qui consiste à rechercher électroniquement les fuites sur des tronçons de conduites en comparant à l’aide d’hydrophones les bruits émis en aval et en amont d’un point de fuite présumé.

Système de surveillance direct sur hydrantes (Photo aqueduc.info)


Outre les méthodes acoustiques, les traqueurs de fuite ont aussi parfois recours à d’autres systèmes de détection

Gaz traceur

La méthode consiste à injecter un gaz non toxique dans la canalisation. En cas de fuite, le gaz remonte à la surface du sol et l’endroit de la fuite peut être localisé grâce à une sorte de renifleur, autrement dit un détecteur de gaz très sensible.

Thermographie

On sait aujourd’hui que l’eau qui sort d’un tuyau modifie les caractéristiques thermiques du sol environnant. Ces anomalies peuvent être repérées par une caméra infrarouge installée sur un véhicule ou un avion. Cette méthode, utilisée pour des transports d’eau à longue distance, n’est pratiquement utilisable que durant les mois d’été.


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Mots-clés

Glossaire

  • Pénurie

    Les pénuries surviennent lorsqu’il n’y a pas assez d’eau pour satisfaire à la fois les demandes humaines et les besoins de la nature, soit parce que cette eau fait physiquement défaut, soit parce que la demande est excessive ou que la ressource a été surexploitée, soit parce que le manque d’infrastructures, de moyens financiers ou de compétences techniques ne permet pas à une population de s’approvisionner en eau de quantité et de qualité suffisantes, soit aussi parce que des groupes humains sont empêchés par d’autres d’y avoir accès.

Mot d’eau

  • Un grand fleuve

    C’est le destin de tous les grands fleuves que d’être unique au monde, et chacun pour lui sans jamais pouvoir en toucher d’autres autrement que pour l’absorber (...) Le Fleuve, même si proche, ignore tous ses congénères. Il ne se sépare de l’immense nappe souterraine que pour couler aussitôt une âpre vie singulière, isolée par des barrières que jamais son Génie ne surmontera, et delà, on sait vers quel néant marin il se dissout ... (Victor Segalen, 1878-1919)


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