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10 mai 2019.

Deux tiers des grands fleuves du monde sont entravés par des barrages

Une équipe internationale de 34 chercheurs, qui a étudié le statut (...)

Une équipe internationale de 34 chercheurs, qui a étudié le statut de connectivité de 12 millions de kilomètres de fleuves et de rivières sur la planète, a pu ainsi dresser la première carte mondiale des cours d’eau selon qu’ils sont ou non entravés par des barrages et d’autres aménagements artificiels qui menacent les écosystèmes et les populations qui en dépendent. D’où il ressort que seuls 37 % des 246 cours d’eau dont la longueur dépasse les 1000 km s’écoulent aujourd’hui librement et qu’une vingtaine d’entre eux seulement bénéficient d’un flux ininterrompu entre leur source et la mer. Ce n’est que dans des contrées très isolées (Arctique, Amazonie, bassin du Congo notamment) que l’on trouve encore de grands cours d’eau à l’état naturel.

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Centrale hydroélectrique du Dniepr, en Ukraine (longueur : 800 m ; hauteur : 61 m)(© Adobe Stock / rommma)

Pour mener à bien cette étude dont les résultats sont publiés par la revue Nature, les chercheurs [1] ont passé une bonne dizaine d’années à collecter d’énormes quantités de données, créer des cartes numériques et procéder à des simulations informatiques permettant d’étudier les impacts des aménagements humains sur des millions de cours d’eau, de lacs et de retenues et sur leurs connexions hydrographiques.

Un cours d’eau à écoulement libre, selon la définition scientifique qu’ils en donnent, est celui "où les fonctions et les services de l’écosystème ne sont majoritairement pas affectés par les modifications de leur connectivité, ce qui permet un échange sans obstruction de l’eau, des sédiments, des espèces et de l’énergie dans le système hydrographique et avec les paysages environnants".

"Les fleuves et les rivières du monde forment un réseau complexe qui entretient des liens vitaux avec la terre, avec les eaux souterraines et avec l’atmosphère, explique Günther Grill, chercheur à l’Université McGill et auteur principal de l’étude. Les cours d’eau libres sont importants pour l’homme et l’environnement, mais le développement économique dans le monde les rend de plus en plus rares. À l’aide d’images satellitaires et d’autres données, notre étude examine l’étendue de ces rivières avec plus de détails que jamais auparavant."

La principale perte de connectivité des cours d’eau est due aux barrages au fil de l’eau et aux lacs artificiels. Les chercheurs estiment qu’il existe aujourd’hui de par le monde quelque 60’000 grands barrages et que plus de 3’700 aménagements hydroélectriques sont actuellement prévus ou en construction, ce qui s’explique entre autres par le fait que nombre de pays font de plus en plus le choix de l’hydroélectricité comme source d’énergie renouvelable.

Pour Bernhard Lehner, professeur d’hydrologie dans la même université québécoise, "il ne s’agit pas de renoncer au développement [de ces infrastructures], mais de trouver des solutions intelligentes et durables dans lesquelles des cours d’eau à écoulement libre et des êtres humains peuvent coexister. Donner la priorité à d’autres sources d’énergie telles que l’énergie éolienne et solaire, améliorer le fonctionnement des barrages ou identifier de meilleurs emplacements pour les barrages pourraient faire partie de ces solutions."

L’étude note également que les changements climatiques menaceront davantage encore la santé des cours d’eau et que la hausse des températures a d’ores et déjà des impacts sur les modèles d’écoulement, sur la qualité de l’eau et sur la biodiversité. (Sources : Revue Nature, McGill University)




Notes

[1G.Grill, B.Lehner, C.Zarfl & al., "Mapping the world’s free-flowing rivers", Nature, volume 569, pp.215–221 (2019). Ces recherches ont été menées par des chercheurs de l’Université McGill à Montréal (Canada), du Fonds mondial pour la nature (WWF) et de plusieurs instituts académiques dont celui des Géosciences de l’environnement de l’Université de Bâle.

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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