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19 juin 2007.

Dessaler l’eau de mer : vrai choix ou diversion ?

Dans un rapport consacré aux usines de dessalement d’eau de mer (...)

Dans un rapport consacré aux usines de dessalement d’eau de mer dans le monde, le Fonds Mondial pour la Nature (WWF) ne cache pas son inquiétude : extraire le sel de l’eau de mer pour pallier un manque d’eau potable est en train de devenir une panacée. Mais cette solution représente une menace potentielle pour l’environnement et ne fera qu’aggraver les changements climatiques.

Le rapport du WWF (titre anglais : Making water : Desalination – option or distraction for a thirsty world ?) confirme si besoin était que dans les régions du monde les plus arides on fait de plus en plus aujourd’hui le choix de dessaler l’eau de mer pour répondre aux besoins en eau douce. Cette tendance est très visible dans des zones très peuplées comme l’Australie, le Proche-Orient, le Royaume-Uni et les États-Unis. L’Inde et la Chine misent également sur cette option.

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Ashkelon (Israel) :
la plus grande usine
de dessalement par
osmose inverse
(photo Veolia)

Mais voilà : dessaler l’eau de mer est un procédé qui coûte cher, consomme beaucoup d’énergie et rejette dans l’atmosphère des tonnes de gaz à effets de serre. C’est en tout cas le constat que porte Jamie Pittock, directeur du Programme eau douce du WWF. “On peut, dit-il, concevoir que l’on ait besoin à l’avenir de recourir à ce type de ressources, mais aujourd’hui les pays concernés ont encore des moyens meilleur marché, rentables et complémentaires de subvenir à leurs besoins avec beaucoup moins de risques pour l’environnement.” Le WWF estime à une dizaine de milliers le nombre actuel d’usines de dessalement de par le monde. Un chiffre – on l’aura compris - qui pourrait croître de manière assez spectaculaire dans les années à venir. La moitié de ces usines sont concentrées pour le moment dans la région du Golfe et couvrent environ 60% des besoins en eau douce des pays producteurs de pétrole. Un tiers de l’eau de la ville de Perth, sur la côte ouest de l’Australie, provient de procédés de désalinisation et l’Espagne y a largement recours à la fois pour soutenir son agriculture et pour satisfaire à la demande touristique.

Des coûts financiers et écologiques

Le recours à ces nouvelles technologies, par ailleurs de plus en plus accessibles, ne va pas sans conséquences pour l’environnement. Et pour le WWF, il est clair qu’on ne peut faire l’économie d’une évaluation rigoureuse et approfondie de leurs différents impacts avant de les développer à grande échelle. Il faut prévenir non seulement tout dégât écologique irréversible, mais aussi les coûts financiers de ces installations dont la facture finale, à long terme, retombe sur le porte-monnaie des citoyens.

Des activités intensives de dessalement peuvent provoquer le développement de saumures et entraîner la destruction de précieuses régions côtières, et ainsi contaminer la vie marine, les cours d’eau, les zones humides, les eaux souterraines et plus généralement les écosystèmes qui assurent l’épuration de l’eau et la protègent contre les catastrophes.

Jamie Pittock craint visiblement que les grandes usines de dessalement deviennent assez rapidement « les nouveaux barrages de demain ». Comme pour les grands aménagements construits dans les années 50, il sera trop tard pour réagir lorsqu’on connaîtra leurs effets négatifs. Ce dont on a besoin aujourd’hui, selon le WWF, c’est d’abord d’une « nouvelle attitude face à l’eau et non pas d’une expansion sans contrôle de son ingénierie ».

Autrement dit, il faut davantage compter sur la conservation de l’eau et sur son recyclage plutôt que sur des technologies dont on connaît déjà la capacité de nuisance profonde et durable à l’environnement. Ce n’est que dans certaines circonstances particulières et pour répondre à de vrais besoins que l’on devrait autoriser la construction de telles usines de dessalement, et les concevoir d’une manière la moins dommageable possible pour la planète. (bw)


(Source : Service d’information du WWF
voir le site en anglais www.panda.org)




Infos complémentaires

Comment dessaler l’eau de mer ?

Le dessalement (désalinisation, ou encore dessalage) est une opération qui consiste à retirer le sel de l’eau salée de manière à la rendre propre à la consommation et aux usages agricoles. L’eau de mer contient en moyenne quelque 35 grammes de sel par litre. On peut recourir pour cela à diverses méthodes :

- l’évaporation : c’est la méthode traditionnelle de base, mais évidemment grosse consommatrice d’énergie, et son résultat n’est que rarement satisfaisant (goût désagréable, faible minéralisation, etc.)
- l’électrolyse : c’est un procédé physico-chimique (utilisé pour fabriquer de l’eau de javel) qui certes est peu gourmand en énergie mais ne convient qu’à la préparation de quantités de liquide relativement faibles ; de plus, son résidu est polluant
- l’osmose inverse : c’est un procédé, le plus utilisé par les usines de dessalement d’eau de mer, qui part du principe de l’osmose.

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Quand une eau douce et une eau salée sont séparées par une membrane semi-perméable, la première migre naturellement vers la seconde.

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Si l’on inverse l’opération, on obtient de l’eau pure, mais cela suppose qu’on exerce une très forte pression sur l’eau salée pour faire migrer les molécules d’eau à travers la membrane.

Schémas extraits du site CultureSciences-Chimie

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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