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28 octobre 2013.

Des stratégies pour préserver la fonction vitale du Rhin

Les États riverains du Rhin sont bien décidés à poursuivre leur (...)

Les États riverains du Rhin sont bien décidés à poursuivre leur collaboration et accroître les efforts qu’ils mènent depuis plusieurs années pour préserver les qualités de ce fleuve qui représente pour l’Europe l’un des atouts majeurs de son développement économique. Cela passe notamment, dans les prochaines années, par la restauration des écosystèmes et l’amélioration des migrations du saumon, par la lutte contre les substances chimiques indésirables et les micropolluants en particulier, par une meilleure prévention des risques d’inondations et une stratégie d’adaptation aux changements climatiques.

Réunis durant une journée à Bâle, les ministres des pays membres de la Commission Internationale pour la Protection du Rhin (CIPR), qui se rencontrent régulièrement depuis 1972 pour définir ses stratégies, ne pouvaient pas ne pas avoir à l’esprit la catastrophe survenue dans cette ville en 1986 lors de l’incendie d’un entrepôt de la société contenant 1’300 tonnes de produits chimiques qui avaient alors pollué le Rhin jusqu’à la Mer du Nord. Aujourd’hui, la pollution industrielle du fleuve est certes bien moins spectaculaire, mais certains composants continuent d’être déversés dans l’ensemble de son bassin et leurs mesures dans les eaux d’aval affichent souvent des dépassements systématiques des teneurs maximales autorisées.

Cet exemple on ne peut plus concret illustre parfaitement à quel point l’importance absolument vitale de ce fleuve nécessite une politique active à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières nationales. Sans le Rhin, l’Europe est inimaginable, dit la ministre suisse Doris Leuthard à l’ouverture de cette 15e Conférence ministérielle. Certes, grâce à l’engagement de chacun de ses pays riverains, son état écologique s’est sensiblement amélioré au cours de la dernière décennie, mais de nouveaux défis doivent être relevés sans tarder. Ils ont été consignés dans une déclaration ministérielle d’une dizaine de pages.

- Réduire les pressions dues aux substances chimiques

Des mesures supplémentaires sont nécessaires, à l’échelle tant nationale qu’internationale, pour maîtriser le dépassement des teneurs de substances telles que la dioxine et les PCB qui, ici et là, ont entraîné des restrictions de pêche, de commercialisation et de consommation de poissons. Il faut également prévenir et réduire les micropolluants présents dans le Rhin sous forme par exemple de médicaments ou de produits d’hygiène corporelle.

Les mesures à prendre visent entre autres la limitation de l’usage de ces substances, le perfectionnement des systèmes de surveillance, l’amélioration de l’efficacité des stations d’épuration des eaux usées, ou encore de l’information du public sur l’utilisation, la prévention et l’élimination des produits concernés.

- Restaurer l’écosystème, accroître la biodiversité, optimiser la migration du saumon

On retrouve désormais dans le Rhin plus de 60 espèces piscicoles et plus de 500 espèces invertébrées, dont certaines étaient considérées il n’y a pas si longtemps comme éteintes ou en forte régression. Quelque 480 ouvrages transversaux sont à nouveau franchissables par les poissons dans le bassin du Rhin, 122 km² de zones inondables ont été redynamisés, 80 anciens bras et annexes latérales ont été raccordés à la dynamique fluviale.

Ce rétablissement de la connectivité écologique et la reconquête d’habitats profitent aux espèces migratrices comme aux espèces locales de poissons et d’invertébrés. On pense bien sûr, en premier lieu, au saumon atlantique qui, pour frayer, remontait jadis de la Mer du Nord jusque dans les affluents importants du bassin suisse du Rhin, mais qui, depuis des décennies, ne pouvait plus le faire en raison de la construction de barrages et de centrales hydroélectriques.

Les États riverains, qui se sont donné entre autres objectifs la réintroduction du saumon, voient leurs efforts partiellement récompensés : déjà des saumons se reproduisent naturellement dans les affluents du fleuve entre les Pays-Bas et Strasbourg, certains individus mâles ont également été observés dans la région bâloise. Reste à ouvrir les écluses situées à l’embouchure du Rhin dans la mer du Nord (c’est prévu pour 2018) et à poursuivre en amont l’installation de passes à poissons et la restauration de 800 km de berges à l’horizon 2020.

- Gérer les risques d’inondation

Depuis la dernière grande crue du Rhin de 1995, les États du bassin versant du Rhin ont investi une dizaine de milliards d’euros dans la prévention et la protection contre les crues ainsi que les actions d’information et de sensibilisation du public aux différents dangers liés à ces événements extrêmes. Comme ceux-ci risquent de devenir plus fréquents à cause des changements climatiques, il est impératif de créer davantage d’espaces de rétention des eaux mais la concrétisation des mesures dans ce domaine semble prendre plus de temps que prévu. La Commission Internationale pour la Protection du Rhin estime cependant que ce n’est pas le moment de relâcher les efforts : les catastrophes survenues en été dernier sur les bords du Danube et de l’Elbe doivent servir de leçon.

- S’adapter aux changements climatiques

Les études et les scénarios concernant le régime hydrologique du Rhin montrent que, depuis un siècle environ, ses débits tendent à augmenter en hiver et à diminuer en été, et que les crues de petite et de moyenne amplitude sont plus fréquentes sur l’ensemble de l’année. Les températures de l’eau évoluent parallèlement aux hausses des températures de l’air : cela signifie que des situations extrêmes surviendront plus fréquemment sous forme d’étiages estivaux prononcés, généralement accompagnés de températures atmosphériques élevées, ce qui risque de perturber les fonctions écologiques du fleuve et ses principaux usages comme l’approvisionnement en eau et la navigation. La Conférence ministérielle a donc décidé de mettre au point dans un bref délai une stratégie préliminaire d’adaptation au changement climatique pour le bassin du Rhin, ce qui pourrait, le cas échéant, se traduire par la mise en œuvre, avec la collaboration de tous les acteurs concernés, d’un plan des étiages du fleuve.

(Sources : Commission Internationale pour la Protection du Rhin et Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication)




Infos complémentaires

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Le Rhin, à Bâle, au point de rencontre des trois frontières allemande, française et suisse (Dreiländereck)
(J.Kitano / iStockphoto)

:: Le Rhin,
un bassin,
neuf États

La Commission Internationale pour la Protection du Rhin (CIPR) regroupe tous les Etats riverains du Rhin : Suisse, France, Allemagne, Luxembourg et Pays-Bas, ainsi que la Commission européenne. Ceux-ci coopèrent avec d’autres Etats du bassin versant rhénan : Autriche, Liechtenstein, Région belge de Wallonie et Italie. Son objectif est de garantir le développement durable et le bon état des eaux du fleuve et de ses affluents.

Son secrétariat, établi à Coblence (Allemagne), est également chargé de la mise en œuvre de la Convention pour la protection du Rhin signée en 1999.

En septembre 2013, la Commission s’est vue attribuer l’European Riverprize décerné par l’International River Foundation en reconnaissance des succès remarquables obtenus dans la gestion intégrée du bassin du Rhin, un fleuve dégradé par un demi-siècle d’activités polluantes et par un accident chimique dévastateur en 1986.

Le jury de ce prix attribué pour la première fois a estimé que la CIPR et d’autres acteurs investis dans le bassin ont réussi à mettre en place des stratégies efficaces de traitement des eaux usées urbaines et amélioré de façon spectaculaire la qualité des eaux du Rhin. L’adoption de nouvelles approches politiques intégrées a permis de restaurer des zones alluviales de grande qualité dans le delta du Rhin, zone caractérisée par une forte densité démographique. (CIPR)

- Site web de la CIPR

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Le Rhin près d’Arnhem (Pays-Bas)
(J.Snijder / iStockphoto)


:: Le Rhin, en bref

Source principale
Laj da Tuma
(Grisons, Suisse)

Longueur
1’320 km

Débit moyen
à son embouchure
dans la Mer du Nord

2’330 m3/s

Pays riverains
Suisse, Liechtenstein, Autriche, France, Allemagne, Pays-Bas

Bassin versant
197’000 km2
(dont env. 100’000 km2
en Allemagne)

Population
du bassin versant

env. 58 millions d’habitants



- Voir aussi l’article aqueduc.info : À quand le retour du saumon atlantique dans le bassin suisse du Rhin ?

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  • "N’offrez l’eau qu’aux enfants"

    “Quand vous voyez votre voisin à table verser du vin en son verre, ne vous hâtez pas à y verser de l’eau. Pourquoi voulez-vous noyer la vérité ? Il est vraisemblable que votre voisin sait mieux que vous ce qui lui convient. Peut-être il n’aime pas l’eau : peut-être il n’en veut mettre que quelques gouttes par complaisance pour la mode : peut-être il ne veut pas qu’un autre observe combien peu il en met dans son verre. Donc, n’offrez l’eau qu’aux enfants. C’est une fausse complaisance et bien incommode.” (Benjamin Franklin, Lettre à l’Abbé Morellet, (...)

Glossaire

  • Aquifère

    Ensemble solide et délimité de roches perméables - sable, gravier, roches fissurées ou calcaires - contenant une zone dans laquelle l’eau constituée en nappe souterraine peut circuler librement et y être captée. On distingue plusieurs types d’aquifères en fonction notamment de leur structure géologique qui conditionne la vitesse d’écoulement de l’eau (de quelques mètres par jour à plusieurs centaines de mètres par heure).


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