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12 octobre 2012.

Des eaux recyclées pour faire de la neige artificielle

C’est une première mondiale, disent les responsables de la station (...)

C’est une première mondiale, disent les responsables de la station de ski américaine de Snowbowl, dans les montagnes de l’Arizona. Sur ses pistes et dès les premiers jours de l’hiver à venir, la neige artificielle sera totalement fabriquée à partir des eaux usées de la petite ville voisine de Flagstaff. La station a pour cela reçu le feu vert fédéral, au grand dam des organisations écologistes et des tribus indiennes autochtones.

Depuis quelques années, les hivers américains se révélent plus chauds et plus courts que par le passé, amenant moins de neige mais aussi moins de skieurs. Les responsables de la station de Snowbowl ont estimé que la seule réponse possible aux impacts négatifs - touristiquement et économiquement parlant - de ce changement climatique était de recourir à une ressource largement disponible sur place, à savoir les eaux usées.

Précision importante : ces eaux usées sont recyclées après avoir transité par plusieurs types de traitement. Leur qualité est jugée suffisante pour qu’elles puissent être réaffectées à d’autres usages qui ne nécessitent pas qu’elles soient potables. Selon le Service national des forêts, propriétaire des terrains où sont aménagées les pistes de ski, l’eau traitée est conforme aux normes les plus élevées, juste en dessous du niveau de qualité de l’eau potable. D’ailleurs elle est déjà abondamment et depuis longtemps utilisée pour l’arrosage des terrains de sport, des parcours de golf et des parcs municipaux.

Dans deux articles publiés dans les pages et sur un blog du New York Times, Leslie MacMillan rappelle que cette décision n’a pas été prise sans polémique, puisque c’est au terme d’une saga judiciaire d’une dizaine d’années qu’une cour d’appel fédérale a finalement donné son feu vert à la station de Snowbowl. Une coalition d’organisations écologistes et de représentants de plusieurs tribus indiennes estime en effet que l’introduction de cette pratique constitue un véritable désastre à la fois environnemental et culturel. Parce que, d’une part, elle représente une menace environnementale pour une zone montagneuse fragile, pour la qualité des aquifères et pour la santé humaine, et que, d’autre part, elle est considérée par les communautés autochtones comme la profanation d’un espace quasi sacré. Des arguments finalement balayés par la justice.

N’empêche. Des scientifiques, à la demande des autorités locales, se sont penchés sur la question. Les eaux recyclées ne sont pas exemptes de traces infiniment petites (de l’ordre du nanogramme) de médicaments, produits chimiques et autres contaminants que l’on trouve d’ailleurs aussi dans les cours d’eau. Mais, dans ce domaine, les interrogations demeurent encore et toujours plus nombreuses que les réponses, en raison notamment de la complexité des interactions entre les différentes substances en cause : qu’en sera-t-il par exemple des impacts du gel et du dégel sur ces composés chimiques ou du développement de bactéries dans les tuyaux amenant les eaux recyclées aux canons à neige ?

Parmi les FAQ (questions les plus fréquentes posées par les internautes) inscrites sur le site web de la station de Snowbowl, on trouve celle-ci : "mes enfants vont-ils tomber malades s’ils mangent de la neige fabriquée à partir d’eaux usées traitées " ? La réponse est non : l’utilisation d’eau recyclée pour l’enneigement ne présente pas de risques pour la santé. Mais, est-il aussitôt précisé, "quiconque mange de la neige doit être conscient de ce qu’il peut avaler, car sur un domaine skiable, la neige peut être mise en contact avec des animaux, des déchets, des chaussures, de la salive, des produits pétroliers provenant des machines de damage des pistes, etc.". (Source : presse américaine)

- Lire aussi à ce sujet l’édito aqueduc.info d’août 2012 : "Eau usée recyclée, ressource fiable ?"




Mots-clés

Glossaire

  • Amphibie

    Ce mot d’origine grecque signifie « double vie » et s’applique à des animaux et à des végétaux vivant dans l’eau mais capables en même temps de se développer hors de l’eau. C’est le cas des amphibiens (grenouilles, salamandres, etc.), mais aussi de certains mammifères (phoques, hippopotames, crocodiles, castors, etc.) et de quelques poissons et insectes. Les plantes amphibies, tels les nénuphars, ont une partie immergée et une autre émergée, parfois flottante ; certaines peuvent s’adapter à d’importantes variations du niveau d’eau.

Mot d’eau

  • Tout peut aisément s’expliquer ...

    « Tout ce qu’on voit encore se développer dans les airs et naître au-dessus de nous, tout ce qui se forme dans les nuages, tout enfin, neige, vents, grêle, gelées, et le gel si puissant qui durcit le cours des eaux et ralentit ou arrête ça et là la marche des fleuves, tout cela peut aisément s’expliquer, ton esprit n’éprouvera aucune peine à en comprendre les causes et à en pénétrer le secret, du moment que tu connais bien les propriétés des atomes. » (Lucrèce, 1er s. av.J.C.)


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