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15 décembre 2010.

De l’eau à l’agenda

ÉDITO DÉCEMBRE 2010 Chaque passage d’une année à l’autre a ses (...)

ÉDITO DÉCEMBRE 2010

Chaque passage d’une année à l’autre a ses rites. Celui qui, notamment, consiste à changer d’agenda et à inscrire dans le calendrier de l’an neuf les événements prévisibles et les rendez-vous à ne pas manquer. Ainsi, en Suisse, la date du 1er janvier 2011. Elle marque l’entrée en vigueur de règles revues et corrigées pour une meilleure protection des eaux.

Ces modifications de la loi sur la protection des eaux (1) sont l’aboutissement positif d’une longue controverse, assez emblématique des débats politiques dans le système démocratique suisse. Longtemps, des associations de pêcheurs et des organisations écologistes ont partagé le constat qu’une grande majorité des eaux publiques du pays étaient perturbées par toutes sortes d’ouvrages artificiels, canaux, barrages et autres.

Lasses de ne pas être entendues, elles décident en 2005 d’en appeler aux citoyens et de récolter des signatures pour réclamer que les cours d’eau auxquels il a été porté atteinte soient assainis et renaturés, qu’ils bénéficient de débits résiduels suffisants, en quantité et en qualité, pour garantir la survie des espèces recensées et que les lois en vigueur soient appliquées. En quelques mois, cette initiative populaire, baptisée Eaux vivantes, amassera plus de 160’000 signatures, obligeant les autorités fédérales à s’emparer du dossier.

Dans un premier temps, le gouvernement fédéral refuse cependant d’entrer en matière, pour motif que ces propositions défendent un point de vue ‘unilatéralement écologique’ et que leur mise en œuvre pénaliserait la production d’énergie hydraulique. Il ne nie pas les problèmes, mais il estime qu’ils peuvent être résolus par la législation existante. Mais le parlement, à force de discussions, finit par se rallier à l’idée d’un contre-projet proposant des mesures d’équilibre entre la protection et l’exploitation des eaux. L’initiative populaire fut retirée, ses promoteurs ayant obtenu la garantie que la nouvelle loi ne serait pas combattue et entrerait effectivement en vigueur.

À partir du 1er janvier 2011, les cantons ont l’obligation de délimiter un espace suffisant aux abords des cours d’eau pour qu’ils puissent remplir leurs fonctions naturelles et pour garantir une protection contre les crues, de développer des programmes de revitalisation pour préserver durablement le caractère naturel des rives de lacs et des cours d’eau, et de remédier aux effets des fortes variations de niveau d’eau provoquées par le turbinage des ouvrages hydroélectriques et manifestement nuisibles à la flore et à la faune aquatiques. Autrement dit, le début de la nouvelle année, en Suisse, marque un véritable tournant en matière de protection des eaux. Et on peut compter sur les pêcheurs et les écologistes pour veiller à ce que les nouvelles règles soient effectivement appliquées.

Dans le calendrier international, on peut, puisque ce sont des événements récurrents, entourer déjà de bleu les dates du 2 février et du 22 mars, respectivement journées mondiales des zones humides et de l’eau. La première sera dédiée aux forêts (2011 a été également décrétée par l’ONU Année internationale des forêts). Sans elles, comment vivrions-nous ? Elles jouent un rôle primordial dans le cycle naturel de l’eau, d’elles dépendent à la fois la disponibilité et la qualité de l’eau douce. C’est donc une occasion bienvenue de s’interroger sur les dangers qui menacent les zones forestières et sur notre façon de vivre avec elles (2).

La seconde de ces journées aura pour thème l’eau des villes, avec une attention toute particulière aux défis que posent la croissance rapide des habitats urbains et leur approvisionnement en eau potable, le développement industriel et la gestion des eaux usées, les incertitudes soulevées par les changements climatiques, les répercussions des guerres et des catastrophes naturelles sur les systèmes d’eau en milieu urbain. Des questions d’une très grande actualité alors que pour la première fois dans l’histoire humaine une majorité de la population mondiale vit dans des villes (3).

Enfin, ceux qui ont boudé Copenhague en 2009 et Cancun en décembre 2010 pourront, fin 2011, se rattraper à Durban, en Afrique du Sud, lors du prochain sommet climatique. Ils pourront vérifier si auront été entendus les appels lancés au Mexique pour que l’eau soit enfin prise sérieusement en compte dans les négociations et dans les décisions en matière d’adaptation aux changements climatiques. Les ressources hydriques en subissent les premiers effets, elles en sont même le principal indicateur, mais restent pour ainsi dire systématiquement ignorées des décideurs politiques.

S’il en fallait une preuve, l’eau n’est mentionnée qu’une seule et unique fois dans la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Une seule fois aussi dans les documents adoptés à Cancun … quoique dans une petite note de bas de page ! Ce qui a fait dire à quelques diplomates (4) que “la question de l’eau figure certes sur l’agenda international, mais elle est souvent noyée dans sa complexité”.

Bernard Weissbrodt


Notes

(1) Lire dans aqueduc.info : La Suisse modifie ses lois pour garantir un meilleur état naturel des rivières et des lacs
(2) Journée mondiale des zones humides, sur le site de la Convention de Ramsar
(3) Site officiel de la Journée mondiale de l’eau (en anglais)
(4) L’eau, noyée dans les changements climatiques, Prise de position de six ministres des affaires étrangères (Cap Vert, Costa Rica, Islande, Singapour, Slovénie, Émirats arabes unis), lemonde.fr, 7 décembre 2010.



Infos complémentaires

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Journée mondiale
des zones humides
2 février 2011

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Journée mondiale
de l’eau
22 mars 2011

Mots-clés

Mot d’eau

  • Contempler l’eau

    “Je ne connais pas d’occupation plus totale de soi que de contempler l’eau, surtout l’eau mi-morte. À la fois plaisir et souffrance, divertissement de chaque minute et ennui compact des heures, plénitude et vide ; on vit avec une profonde et sourde intensité en même temps qu’on se détache et s’oublie, on se pétrit et on se délite dans une contradiction dont on ne cherche pas la clé, et il y en a certainement une, mais inutile. À quoi bon comprendre ?” (Alexandre Arnoux, “Rhône, mon fleuve”, 1967)

Glossaire

  • Porosité, perméabilité

    Les deux mots ne doivent pas être confondus car une roche poreuse (un grès par exemple) peut être perméable ou imperméable. On parle de la porosité d’un milieu, d’un sol ou d’une roche lorsqu’ils comportent des pores, c’est-à-dire des vides et des interstices de petite taille parfois microscopique. Le calcul de la porosité permet d’évaluer la capacité de stockage d’un milieu. On parle de perméabilité d’un milieu lorsqu’il est apte non seulement à se laisser pénétrer par un fluide, mais également à être complètement traversé par lui.


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