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9 novembre 2006.

Crise mondiale de l’eau : trop de paroles, trop peu d’actes

« En ce qui concerne l’eau et l’assainissement, le monde souffre (...)

« En ce qui concerne l’eau et l’assainissement, le monde souffre d’un excédent de conférences et d’un manque d’action crédible ». Ce constat sans équivoque porte la signature de Kevin Watkins, rédacteur en chef du Rapport mondial sur le développement humain, publié chaque année par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Et dont la thématique 2006 porte sur la crise mondiale de l’eau.

Faut-il rappeler les chiffres qui disent la cruauté de la pénurie d’eau ? Plus d’un milliard d’êtres humains de par le monde sont régulièrement privés d’eau salubre et plus de deux milliards et demi n’ont pas d’accès à un système d’assainissement même rudimentaire. Et la réalité est sans doute encore plus sombre que ne la laissent apparaître les statistiques.

Conséquence la plus visible et la plus dramatique : quelque cinq mille enfants meurent chaque jour suite à des diarrhées ou autres maladies directement provoquées par la consommation d’eaux sales ou par manque d’hygiène. La crise mondiale de l’eau fait davantage de victimes que n’importe quelle guerre.

Le Rapport mondial sur le développement humain, dont c’est la 17e parution à chaque fois consacrée à une problématique particulière, invite à regarder « au-delà de la pénurie » et à s’interroger sur les véritables causes de la crise de l’eau. D’emblée il réfute l’argument de logique arithmétique selon lequel le manque d’eau serait le corollaire inévitable de l’augmentation de population : « La disponibilité en eau constitue certes un problème pour certains pays, mais la pénurie au centre de la crise mondiale de l’eau trouve ses origines dans le pouvoir, la pauvreté et les inégalités, non dans la disponibilité physique ».

Si donc la pénurie absolue est l’exception, et si la plupart des pays disposent de suffisamment d’eau pour répondre aux besoins de toutes sortes (domestiques, industriels, agricoles et environnementaux), c’est que « le problème réside dans la gestion » des ressources hydrauliques

Selon le rapport du PNUD, une réponse efficace aux défis de l’accès à l’eau et à l’assainissement passera sine qua non par un certain nombre d’actions décisives, à savoir :

- traduire dans les faits la reconnaissance du droit à l’eau comme un droit humain fondamental : les gouvernements sont invités à ne pas se contenter de vagues principes généraux inscrits dans les constitutions, mais de promulguer des lois qui garantissent « un approvisionnement suffisant, physiquement accessible et à un coût abordable, d’une eau salubre et de qualité acceptable pour les usages personnels et domestiques de chacun » (selon la définition onusienne aujourd’hui communément acceptée) et qui obligent les pouvoirs politiques et les prestataires de services de distribution à rendre des comptes à tous les citoyens, y compris aux plus pauvres.

- développer des stratégies nationales en matière d’eau et d’assainissement : les gouvernements devraient avoir pour objectif de consacrer au moins 1 % du produit intérieur brut à l’eau et à l’assainissement (actuellement, les dépenses publiques dans ce domaine sont en moyenne inférieures à 0,5 % du PIB, alors que les pourcentages consacrés aux budgets militaires sont nettement supérieurs) et adopter des stratégies nationales claires pour vaincre les inégalités dans l’accès à l’eau (pauvres, femmes, ruraux, etc.)

- accroître l’aide internationale : non seulement la part de l’aide accordée à l’eau et à l’assainissement a baissé par rapport à l’ensemble de l’aide au développement, mais, en termes réels, les niveaux d’aide dans ce secteur sont aujourd’hui inférieurs à ceux de 1997 ; si la communauté internationale veut atteindre les objectifs qu’elle s’est donnés de réduire de moitié d’ici 2015 le nombre de personnes qui n’ont pas accès à l’eau potable et à l’assainissement, elle doit absolument doubler ses crédits de coopération (aujourd’hui un peu plus de 4 milliards de dollars par an)

- construire un partenariat mondial : le maintien du statu quo ne pouvant pas être considéré comme une option, il est nécessaire – en prenant exemple sur le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme - de créer un cadre d’action au niveau mondial capable, entre autres, de dynamiser l’action politique, de renforcer les capacités techniques, de mobiliser des ressources, de coordonner les pratiques des différents partenaires.

Les gains en termes de développement humain seraient considérables : combler le fossé entre les tendances actuelles (à la baisse) et les objectifs fixés pour 2015 permettrait de sauver plus d’un million d’enfants au cours de la prochaine décennie et procurerait un bénéfice économique de quelque 38 milliards de dollars par an. « La véritable question – disent les auteurs du rapport - n’est pas de savoir si le monde a les moyens d’atteindre la cible fixée au titre des Objectifs du Millénaire pour le Développement, mais s’il peut se permettre de ne pas faire l’investissement nécessaire. » (bw)

- Lire l’édito et le dossier spécialement consacrés à ce Rapport


Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)
Rapport mondial sur le développement humain 2006 : _ « Au-delà de la pénurie : pouvoir, pauvreté et crise mondiale de l’eau »
Éditions Economica, Paris (version française), 422 pp.

* Ce rapport est une publication indépendante réalisée pour le compte du PNUD. Ses analyses et recommandations ne reflètent pas nécessairement les opinions de l’organisation ou de ses États membres.

Site internet du Rapport : http://hdr.undp.org




Infos complémentaires

:: L’indicateur du développement humain (IDH)

« Les populations sont la véritable richesse des nations. On omet parfois cette vérité toute simple. Hypnotisés par la hausse et la chute des revenus nationaux mesurés par le PIB, nous tendons à égaler la prospérité humaine à la richesse matérielle. Mais l’ultime étalon de mesure du progrès est la qualité de vie des populations » (Kevin Watkins, Directeur du Rapport mondial sur le développement humain)

- L’indicateur du développement humain (IDH) a été publié pour la première fois en 1990, dans le premier Rapport mondial sur le développement humain. Il veut donner une mesure du développement humain basée notamment sur l’espérance de vie, l’accès à l’eau et aux services de santé, l’alphabétisation des adultes, l’accès à l’eau et aux services de santé, la scolarisation dans l’enseignement primaire, secondaire et supérieur, ainsi que sur le revenu. Cette année, 17 États membres de l’ONU, dont l’Afghanistan, l’Iraq et la Somalie, ne figurent pas dans le classement selon l’IDH faute de données suffisantes.

- Les chiffres du Rapport 2006 mettent en évidence de profondes inégalités à travers le monde. Exemple : les revenus cumulés des 500 individus les plus riches de la planète dépassent désormais ceux des 416 millions de personnes les plus pauvres. Les auteurs insistent sur le fait que l’un des grands défis en matière de développement humain consistera à réduire la tolérance envers les inégalités extrêmes qui caractérisent la mondialisation depuis le début des années 1990 et à s’assurer que la marée montante de la prospérité se traduise par davantage d’opportunités pour le plus grand nombre et non pour une simple poignée d’heureux élus.

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Près d’Alem Kitmama, en Éthiopie © OMS – P.Virot

- Les pays classés en tête et en queue de liste sont cette année les mêmes qu’en 2005 : la Norvège occupe la première place, le Niger le dernier rang. Les habitants de la Norvège sont plus de 40 fois plus riches que les habitants du Niger et ils vivent pratiquement deux fois plus longtemps. Ils jouissent par ailleurs d’une scolarisation quasi-universelle au niveau primaire, secondaire et supérieur, contre un taux de scolarisation de 21 % au Niger.

- Non seulement l’écart entre les pays les plus riches et les pays les plus pauvres du monde s’élargit (en raison notamment d’une stagnation du développement humain en Afrique subsaharienne), mais il existe de fortes disparités entres catégories de revenus d’un même pays, qu’il soit riche ou pauvre.

(Source : Rapport mondial sur le développement humain 2006)

Mots-clés

À paraître

Glossaire

  • Débâcle

    Dislocation soudaine de la couverture de glace d’un cours d’eau dont les blocs sont alors emportés rapidement par le courant. Lorsqu’il s’agit de la rupture d’une barrière naturelle de glace formant une retenue d’eau, on parle alors de vidange brutale de lac glaciaire (connue sous l’acronyme anglais de GLOF, “Glacial lake outburst flood”). Dans les deux cas, ce phénomène peut entraîner de graves inondations, voire des catastrophes.

Mot d’eau

  • « Et tous ces gens
    dans l’eau ... »

    “Je pense toujours à cette rivière quelque part, avec cette eau qui coule vraiment vite. Et tous ces gens dans l’eau, qui essaient de se raccrocher les uns aux autres, qui s’accrochent aussi fort qu’ils peuvent, mais à la fin c’est trop difficile. Le courant est trop puissant. Ils doivent lâcher prise, se laisser emporter chacun de son côté. Je pense que c’est ce qui nous arrive, à nous.” (Kazuo Ishiguro, "Auprès de moi toujours", 2005)



eau et assainissement

"quelque cinq mille enfants meurent chaque jour suite à des diarrhées ou autres maladies directement provoquées par la consommation d’eaux sales ou par manque d’hygiène"... alors qu’il existe des moyens simples et bon marchés de combattre les maladies d’origine hydrique et le manque d’hygiène. Le Watalys est un appareil portable, léger et facile à utiliser qui permet de produire, sur place et à la demande une solution d’hypochlorite de sodium. Un seul appareil permet de potabiliser de l’eau pour 6000 personnes quotidiennement et de désinfecter des lieux. www.watalys.com



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