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10 février 2020.

Comment prévenir et guérir les contaminations d’un réseau d’eau ?

ÉCHOS DU 10e SALON AQUA PRO GAZ
BULLE, 5-7 FÉVRIER 2020

"Je vous souhaite deux choses : d’abord que vous soyez prêts, ensuite que ça ne vous arrive jamais." Cette conclusion du récit qu’ils venaient d’entendre sur la contamination de réseau survenue à Martigny en juin 2019 ne pouvait que recueillir l’approbation unanime des 270 professionnels romands de la distribution d’eau réunis à Bulle pour leur journée technique annuelle. Car, même s’il fait son travail le plus consciencieusement du monde et avec la meilleure des compétences possibles, tout responsable de l’approvisionnement en eau potable d’une population sait qu’il n’est malheureusement pas à l’abri d’une pollution accidentelle des canalisations. D’où le slogan explicite de cette journée organisée le 5 février 2020 au coeur du 10e Salon aqua pro gaz [1] par l’association des distributeurs d’eau romands : "prévenir et guérir" [2].

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L’une des deux halles du Salon 2020 (© aqua pro gaz / J.Genoud)

En cas de contamination de réseau, il faut une bonne dose de sang froid aux distributeurs d’eau et aux états-majors de crise. Car ils doivent au plus vite intervenir en même temps sur plusieurs fronts : prélever des échantillons d’eau en plusieurs endroits afin de localiser l’origine de l’infection, informer la population et répondre à ses questions, assurer son approvisionnement en eau potable, procéder à des chlorations de secours, remplacer les installations défectueuses, etc. Et faire preuve aussi de patience car les laboratoires ont besoin d’une bonne vingtaine d’heures avant de pouvoir donner le résultat de leurs analyses bactériologiques.

À Martigny, en juin 2019 [3], quatre jours se seront écoulés entre le moment de l’alerte à une probable contamination de certains captages suite à de gros orages et de fortes pluies, et le communiqué annonçant que l’eau du réseau était à nouveau de qualité irréprochable et pouvait être consommée sans restriction. Fort heureusement, la contamination était minime et le problème a pu être résolu assez rapidement. Mais, raconte Patrick Pralong, directeur de Sinergy, l’entreprise qui gère les énergies, l’eau et le multimédia de la ville, "on a été très surpris que ça puisse nous arriver, on n’avait jamais imaginé que notre eau puisse être contaminée. On a reçu une bonne leçon d’humilité : il ne faut pas banaliser notre métier, ça peut nous tomber dessus n’importe quand." Mais comment s’y préparer ?

L’obligation d’autocontrôle

En Suisse, les administrations cantonales disposent toutes d’un service chargé de l’inspection des eaux et qui procède à ses propres contrôles de qualité en de nombreux points du territoire. Mais selon la législation fédérale, toute entreprise de production, de transformation et de distribution de toute denrée alimentaire (y compris l’eau de boisson) a elle-même l’obligation de pratiquer l’autocontrôle [4].

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Les laboratoires ont besoin d’une vingtaine d’heures
avant de pouvoir donner le résultat de leurs
analyses bactériologiques. (Adobe Stock)

Autrement dit, ce n’est pas à l’usager de démontrer le cas échéant que l’eau qu’il consomme ne serait pas conforme à l’une ou l’autre norme de qualité, c’est aux services en charge de l’approvisionnement en eau potable de prouver qu’ils en respectent scrupuleusement les règles d’hygiène et de fabrication. Concrètement, il s’agit de surveiller en permanence la totalité des processus et des étapes de l’approvisionnement en eau (captage, traitement, stockage, transport, distribution), de procéder régulièrement à des prélèvements d’eau aux points névralgiques des réseaux et de les analyser pour anticiper les éventuels problèmes biologiques, chimiques ou physiques qui pourraient mettre en danger la santé publique.

Il faut savoir aussi que très souvent la surveillance d’un réseau se fait par le biais de prises ponctuelles d’échantillons d’eau à intervalles réguliers. Mais il est aujourd’hui possible, grâce à des sondes et des capteurs de précision, d’observer des canalisations en temps réel, à tout moment et à des points précis d’un réseau, et d’être rapidement alerté en cas de détection d’une contamination ou d’incident hydraulique. Ces systèmes de suivi en continu représentent un gage supplémentaire de sécurité.

Un guide des bonnes pratiques

Certains distributeurs, notamment les services de l’eau dans les grandes agglomérations, ont mis en place à l’interne leur propre système d’assurance qualité. Mais la majorité des petites et moyennes entreprises ne disposent pas des compétences requises pour constituer elles-mêmes leurs dossiers d’autocontrôle et juger de la mise en application correcte de l’ensemble des normes légales. Elles font donc souvent appel pour cela à des bureaux techniques extérieurs.

Toutefois, depuis 2017, elles disposent d’un guide très détaillé (quelque 150 points principaux de contrôle), élaboré par la Société suisse de l’industrie du gaz et des eaux (SSIGE), dans lequel les procédures d’autocontrôle sont expliquées pas à pas. En suivant cette directive (W12), une entreprise de distribution d’eau potable peut alors dresser elle-même l’état des lieux de sa production et de sa distribution, évaluer sa manière de surveiller les points critiques de ses réseaux et décider des mesures à prendre pour pallier aux risques éventuellement identifiés. Si elle se conforme aux procédures indiquées, elle pourra prouver, documents à l’appui, qu’elle respecte les exigences de qualité fixées par la loi.

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Voir la présentation du logiciel AquaPilot
sur le site de la SSIGE
(© Photo SSIGE)

Ce guide comprend des documents explicatifs, des prescriptions, des fiches thématiques, des listes de contrôle, des tableaux à remplir, etc., bref toute une panoplie dans laquelle les non initiés auraient vite fait de se perdre. Fort heureusement cet outil en format classeur et papier est en train d’être progressivement remplacé par une plateforme informatique web. Cet outil interactif baptisé AquaPilot devrait en principe grandement simplifier la vie des distributeurs d’eau et leur offrir une plus grande marge de sécurité dans le diagnostic de leurs réseaux. De plus il pourra être facilement mis à jour de manière régulière.

Bernard Weissbrodt

Distinction Innovation
pour un compteur de nouvelle génération

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À chacune de ses éditions, aqua pro gaz décerne une distinction à la meilleure innovation présentée dans le Salon. Parmi les huit exposants qui cette année avaient fait acte de candidature, le jury d’experts a retenu la société Kamstrup A/S Schweiz pour son nouveau compteur d’eau flowIQ® 2200 basé sur une technologie à ultrasons. Le temps est venu de dire adieu au bon vieux compteur mécanique et de profiter des avantages du comptage intelligent, explique-t-on sur le stand de cette entreprise zurichoise : haute précision et grande fiabilité vu que ce nouvel appareil de mesure ne comporte pas de pièces mobiles et résiste donc à l’usure ; réduction du temps de collecte des données grâce à un dispositif intégré de lecture à distance ; amélioration du réseau de distribution via un système d’alarme et de détection acoustique des fuites. Pour l’usager, c’est aussi la garantie d’un relevé de consommation d’eau sans erreurs de lecture et donc d’une facturation équitable.




Notes

[1Le Salon aqua pro gaz organisé tous les deux ans et pendant trois jours à l’Espace Gruyère de Bulle (Fribourg) est le rendez-vous des professionnels de l’eau potable, de l’assainissement et du gaz. Lors de sa 10e édition, du 5 au 7 février 2020, il a accueilli 120 exposants venus de plusieurs régions de Suisse pour présenter leurs solutions techniques (voir ci-dessus le paragraphe consacré à la Distinction Innovation. Cette année l’invité d’honneur était l’Association des Fontainiers de Suisse romande (lire l’interview de son président). Comme d’habitude, les associations faîtières de ces différents domaines ont animé plusieurs conférences dont les thèmes ont plus particulièrement porté cette fois-ci sur les contaminations de réseaux, les défis de l’épuration et la surveillance du cycle global de l’eau. La prochaine édition du Salon est d’ores et déjà programmée du 9 au 11 février 2022.

[2L’association des distributeurs d’eau romands a entre autres buts de renforcer les liens entre les distributeurs d’eau potable de Suisse romande et de défendre leurs intérêts, d’organiser régulièrement des journées techniques sur des thèmes d’actualité liés à leur profession, de faciliter la compréhension et l’application de la législation concernant leur domaine d’activité et de contribuer également à donner une image positive de l’eau potable. Elle regroupe des distributeurs représentant plus de 300 communes ainsi que plusieurs dizaines de prestataires de services, fournisseurs de matériel ou bureaux d’ingénieurs. Elle est actuellement présidée par M. Sébastien Apothéloz, chef du Service de l’eau de la Ville de Lausanne.

[3Une brève relation historique de l’événement d’eau impropre à la consommation survenu à Martigny en juin 2019 est disponible sur le site de l’entreprise Sinergy. À noter que le jour même où cet événement était évoqué à Bulle, le 5 février 2020, une autre commune valaisanne, Bagnes, décelait une contamination bactérienne dans l’un de ses réservoirs et incitait ses habitants à bouillir l’eau du robinet avant toute consommation. L’alerte à la pollution a été levée deux jours plus tard.

[4"Quiconque fabrique, traite, entrepose, transporte, met sur le marché, importe, exporte ou fait transiter des denrées alimentaires ou des objets usuels doit veiller à ce que les exigences fixées par la loi soient respectées. Il est tenu au devoir d’autocontrôle." (Loi fédérale sur les denrées alimentaires et les objets usuels, 2014, article 26.)

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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