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16 octobre 2020.

Comment lutter contre les vols d’eau ?

Le vol d’eau est une pratique largement répandue à l’échelle de la (...)

Le vol d’eau est une pratique largement répandue à l’échelle de la planète, mais on n’en parle pratiquement jamais. Pourtant, si l’on en croit un rapport publié conjointement en 2016 par Interpol et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) [1], entre 30 et 50% de l’approvisionnement mondial en eau seraient chaque année détournés de façon illégale des usages pour lesquels ils étaient prévus, en particulier dans le secteur de l’agriculture. Une équipe internationale de chercheurs emmenée par l’Université d’Adélaïde a mis au point une méthode qui permet de mieux comprendre ce phénomène et d’identifier les moyens de dissuasion qui permettraient de protéger cette ressource essentielle.

Pour leur étude publiée par la revue Nature Sustainability [2], les chercheurs se sont principalement intéressés aux usages de l’eau dans trois types de cultures particulières : la marijuana en Californie, les fraises en Espagne et le coton en Australie. Outre le fait que ces différentes cultures nécessitent de grandes quantités d’eau, leurs producteurs ont en commun le sentiment que les lois privilégient injustement la protection de l’environnement au détriment des impératifs économiques.

Dans ces conditions, il leur paraît assez normal de s’approvisionner en eau par tous les moyens, fussent-ils illégaux, par pompage clandestin par exemple, plutôt que de respecter les réglementations locales. Cette pratique est d’autant plus courante que les risques d’être pris en faute et sanctionné sont faibles, et que la population locale semble se désintéresser du problème. À quoi s’ajoutent les incertitudes liées au changement climatique et à la baisse de la pluviométrie.

Si ce sujet n’a pas fait jusqu’ici l’objet de beaucoup de recherches, explique Adam Loch, auteur principal de cette étude et maître de conférences au Centre pour l’alimentation et les ressources mondiales de l’Université d’Adélaïde, c’est parce que l’on manque de données mais aussi parce que souvent, les gens qui volent ou détournent de l’eau sont des personnes pauvres et vulnérables.

Pour l’expert, il apparait clairement que ce phénomène est dû à une défaillance systématique des garde-fous politiques, juridiques, institutionnels ou autres : "lorsque les autorités de contrôle ne comprennent pas la valeur de l’eau, les lacunes en matière de sanctions augmentent les risques de vol". La première réponse serait donc de faire appel à des moyens technologiques, comme des capteurs ou d’autres outils de surveillance pour détecter les vols d’eau. Mais cela n’aura de sens que si les réglementations locales sont appliquées de façon plus rigoureuse.

L’équipe de recherche s’est donc attelée à développer un modèle de calcul qui permet aux gestionnaires de l’eau de mesurer l’efficacité de leurs systèmes de surveillance, des procédures judiciaires et des sanctions imposées en cas d’infractions. En fonction des données recueillies et analysées et si besoin est, ils pourront alors décider d’améliorer leurs dispositifs afin de les rendre davantage dissuasifs et ainsi d’économiser substantiellement leurs ressources en eau. (Source : University of Adelaide)



Notes

[2Adam Loch et al., “Grand theft water and the calculus of compliance”, Nature Sustainability (2020).

Mots-clés

Glossaire

  • Ablution

    Dans le vocabulaire des religions, l’ablution est un rite de purification du corps, par immersion totale ou par aspersion, pratiqué individuellement ou collectivement dans des situations particulières, notamment après un contact avec des choses jugées impures ou avant un acte religieux comme la prière. Fréquente dans le judaïsme et l’Islam, mais aussi dans le bouddhisme, l’hindouisme et le shintoïsme, l’ablution rituelle a pratiquement disparu de la liturgie chrétienne.

Mot d’eau

  • Longer les fleuves

    « J’aimais les chemins en bordure des fleuves. Aller avec le courant de leur eau et sentir leur respiration au gré de la marche. Les fleuves vivaient. Ils avaient fait les villes. Au cours des dizaines de milliers d’années, ils avaient usé les montagnes, transporté les terres, comblé les mers, puis fait pousser les arbres. Depuis le début des temps, les villes leur appartenaient, et sans doute ne cesseront-elles jamais de leur appartenir. » (Haruki Murakami, "La course au mouton sauvage", 1982)


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