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1er mai 2010.

Ces pluies qui libèrent les énergies

ÉDITO MAI 2010 Je reviens de quelques jours passés dans ce que (...)

ÉDITO MAI 2010

Je reviens de quelques jours passés dans ce que d’aucuns, pudiquement, appellent le Bénin profond. J’y ai partagé, un tant soit peu, le stress et l’angoisse des paysans scrutant l’arrivée des premières pluies. Cette année-ci, elles sont tombées avec trois semaines de retard.

C’est le grand soulagement. Et la fête, enfin. Place aux chants, place aux danses. À Savalou comme ailleurs, la joie explose, les énergies se libèrent. Les semis vont pouvoir commencer et l’année devrait tenir ses promesses. “On ne peut récolter que si l’on a semé”, résume Mèdéton’wan, paysan depuis toujours, et pour qui l’importance des premières pluies n’est plus à démontrer. “Si la pluie n’est pas au rendez-vous en avril, c’est une année de récoltes qui est compromise.”

Les premières pluies ne laissent personne indifférent, hormis les fainéants. Elles sont salvatrices, génératrices d’emplois, libératrices d’énergie. Elles rechargent les puits domestiques et les retenues d’eau, pour les gens et pour les bêtes. Dès le lendemain matin, le top départ est donné aux activités agricoles. De bonne heure, tout le monde s’en va aux champs. Pour semer maïs, coton, manioc, igname, haricots ou autres. Ou pour vendre ses bras. Trois à cinq jours de travail à haute intensité de main d’œuvre.

Le paysan n’arrête pas pour autant d’implorer la générosité du ciel qui sur lui fait tomber le salut ou le plonge dans l’angoisse. Car, après les semis, il lui faut espérer une alternance féconde des jours de précipitations et d’ensoleillement pour obtenir de bonnes récoltes. C’est qu’il n’a que ça pour vivre, le paysan, lui qui ne jouit ni de sécurité sociale ni d’aucun subside financier de la part de l’État. Lui, le laissé-pour-compte, tout simplement.

J’ai découvert une agriculture vulnérable, qui ne tient qu’à une goutte d’eau, elle-même liée à une pluviométrie capricieuse, aléatoire, incertaine. Qui a dit que l’eau est source de vie alors que cette agriculture-là ne nourrit plus son homme ni sa famille et que les campagnes se dépeuplent au vu d’une pluviométrie qui se dégrade, avec son lot de précarité, de pénurie, de pauvreté ?

Ici, dans cette région fortement ensoleillée, on ne connaît chaque année que 50 à 75 jours de pluies, mal réparties dans le temps et l’espace. Elles arrivent très tôt ou très tard, ou alors commencent tôt avant de largement s’espacer ou de s’arrêter brutalement. Cette pluviométrie fantaisiste et déficitaire n’est guère favorable à des cultures qui ne supportent pas le stress hydrique et se font alors tout simplement brûler par le soleil. “L’année va être gâtée”, disent les paysans sous tous les toits.

Ainsi donc, calendrier en main, chacun fait le décompte des jours de pluies et des jours sans. Les yeux au ciel, il recherche le moindre indice annonciateur de précipitations prochaines ou imminentes, observe la taille et la couleur des nuages, leur accumulation et leur défilement plus ou moins rapide, interprète parfois les mouvements de certains oiseaux migrateurs. Comment faire pour avoir de l’eau tout au long de la saison des cultures ? Il faudrait investir dans la petite irrigation là où cela est possible, dans la recherche scientifique pour suivre et comprendre le décalage des saisons et le déficit pluviométrique. Sur ce sujet-là, les paysans ont leur petite idée, avancent comme explications l’accroissement de la population et le non respect des lois de la nature. Ils parlent de changement climatique et de cette nature “qui est en train de changer”.

L’homme, aussi, a sa part de responsabilités dans cette pluviométrie devenue insaisissable. Les cultures qu’il a choisi de faire et les techniques qu’il pratique pour nourrir des populations de plus ne plus nombreuses sont gourmandes en eau et en soleil, réclament de grands espaces défrichés, de l’écobuage et des brûlis. Au bout du compte, elles obéissent d’abord à une logique mercantile : produire pour vendre, même si cela nuit à l’environnement.

Laissez-moi, pour conclure, vous présenter Hêbiosso, l’une des plus importantes divinités du panthéon vaudou de Savalou. Ce dieu du tonnerre et de la foudre est aussi celui qui tient le robinet de la pluviométrie et qui donc régule les rythmes agricoles. Mais pourra-t-il redonner espoir au paysan sans qui nul ne peut vivre ?

Bernard Capo-Chichi
Porto Novo, Bénin



Infos complémentaires

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Hêbiosso, dieu du tonnerre, de la foudre et de la pluie, est l’une des plus importantes divinités du panthéon vaudou de Savalou, dans le département béninois des Collines. Cette statue, réalisée récemment à la demande du roi local, annonce la proximité d’un “couvent” de prêtres vaudous principalement dédiés au culte de cette divinité (Photo Bernard Capo-Chichi)

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Mot d’eau

  • Le Lac

    “Si près qu’ils approchent du lac, les hommes n’en deviennent pas pour ça grenouilles ou brochets. Ils bâtissent leurs villas tout autour, se mettent à l’eau constamment, deviennent nudistes… N’importe. L’eau traîtresse et irrespirable à l’homme, fidèle et nourrissante aux poissons, continue à traiter les hommes en hommes et les poissons en poissons. Et jusqu’à présent aucun sportif ne peut se vanter d’avoir été traité différemment”. (Henri Michaux, "La nuit remue", 1935)

Glossaire

  • Limnologie

    Père de la limnologie (du grec "limné", lac, étang), le savant suisse François-Alphonse Forel (1841-1912) parlait d’elle comme de "l’océanographie des lacs". Il la définissait comme la "science des eaux continentales, des eaux stagnantes réunies dans des bassins limités et profonds, qui ne sont ni des fleuves ou rivières, ni des marais ou étangs, ni des eaux souterraines". Aujourd’hui, cette discipline a pris le sens plus large d’étude de tous les aspects écosystémiques des lacs et des grands réservoirs naturels d’eau douce à ciel ouvert.


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