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5 septembre 2010.

Bisses abandonnés, bisses réhabilités

En Valais, comme au Tessin ou dans les Grisons, des efforts sont (...)

En Valais, comme au Tessin ou dans les Grisons, des efforts sont entrepris pour la sauvegarde des bisses de manière à garantir leur fonction d’irrigation. Plus encore, là où ils peuvent aussi jouer un rôle important pour le maintien des paysages, pour la protection de la biodiversité ou pour leur valeur patrimoniale, il est de plus en plus question de les restaurer. Des collectivités publiques, des consortages et des associations s’y sont déjà attelés non sans succès.

Deux exemples parmi d’autres : les bisses de Lens et de Savièse. Tous deux situés sur la rive droite du Valais central, ils n’ont jamais cessé de fonctionner, mais ils ont aussi en commun le fait qu’un tronçon de leur parcours, il y a plus ou moins longtemps, a été littéralement court-circuité par l’aménagement d’un tunnel et que la partie inutilisée a été aussitôt abandonnée. Aujourd’hui, l’eau y circule à nouveau et chacun peut désormais, s’il n’est pas enclin au vertige, se rendre compte de l’audace de ceux qui, il y a plusieurs siècles, avaient imaginé pareil mode de transport d’une ressource dont dépendait leur survie (photos©aqueduc.info)



LE GRAND BISSE DE LENS, OU RIOUTA


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Le 21 juillet 1448 - un document authentique l’atteste - le Prieur Jean s’était engagé envers les représentants de la commune de Lens à construire dans un délai de deux ans un aqueduc "conduisant vers le village de Chermignon d’En Bas avec les mesures de manière à ce que l’eau puisse bien couler". Ce qui fut fait. D’une longueur de près de 14 kilomètres pour un dénivelé total de 130 mètres (1 % !), il prend son eau dans la Lienne à 1113 mètres d’altitude.

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Dans les années 60, l’idée germa de creuser un tunnel dans la colline du Châtelard qu’il contournait, car non seulement ses pertes d’eau devenaient trop importantes, mais de fréquents éboulements perturbaient son cours. Suite à une rupture qui causa de gros dégâts dans les vignes, ce tunnel de 830 mètres fut donc percé au début des années 1980. La partie inutilisée et asséchée du bisse se combla naturellement peu à peu.

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Sa réhabilitation, commencée en 2008, répondait à une double ambition : d’une part conserver et remettre en valeur un élément historique important du patrimoine agricole de la région, et d’autre part réaménager le sentier pédestre faisant le tour de la colline en longeant le bisse qui a été remis en eau au début de l’été 2010.

- En savoir plus sur le site de la Commune de Lens
- Sur le site de la Télévision Suisse Romande : Remise en eau du Grand Bisse de Lens, émission "Ensemble" du 1er août 2010 consacrée à la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du Paysage (durée : 3’39")
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Le TORRENT-NEUF OU BISSE DE SAVIÈSE


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Le Bisse de Savièse, qui s’approvisionne en eau dans la vallée de la Morge, date de la même époque que celui de Lens puisqu’il a été construit entre 1430 et 1448. Au cours des siècles, son tracé - dont une portion traverse la paroi vertigineuse des Branlires - a été modifié et amélioré à plusieurs reprises pour accroître sa capacité. Cela impliquait, entre autres, de recourir à une technique très particulière - les boutzets - une construction n’utilisant que le bois et soutenant la canalisation grâce à un système de deux poutres fixées horizontalement dans le rocher et reliées entre elles par une traverse verticale.

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Il n’est guère difficile d’imaginer les problèmes que posaient son entretien et sa remise en eau annuelle. Pourtant les Saviésans l’utilisèrent ainsi jusqu’en 1934, année de son ultime mise en eau car, comme à Lens, il avait entre temps été décidé de creuser un tunnel (long de 4,5 km) sous la colline du Prabé. Les aménagements du bisse abandonné furent alors détruits, en partie, pour des raisons de sécurité.

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Une soixantaine d’années s’écoulent jusqu’à ce qu’un projet de rénovation voie le jour. Puis une décennie encore jusqu’en 2005 lorsque se crée une Association pour la sauvegarde du Torrent-Neuf. Elle prend alors la décision, avec la commune de Savièse, de s’engager dans des travaux de réhabilitation qui débutent finalement en 2009 et devraient être achevés en 2011. Le sentier, dont la première partie a déjà été ouverte au public, sera rétabli sur plus de 4 kilomètres, non sans quelques aménagements techniques spectaculaires (dont plusieurs passerelles suspendues) et jalonné d’utiles panneaux didactiques. Quant à l’eau, comme disent certains, elle "roucoule" déjà sur une partie de l’ancien bisse… (bw)

- Voir le site de l’Association pour la sauvegarde du Torrent-Neuf
- Sur le site de la Télévision Suisse Romande : Le Bisse de Savièse, reportage (26 min.) diffusé dans l’émission "Passe-moi les jumelles" du 07 octobre 2009
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:: Les bisses, un modèle d’utilisation durable de l’eau ?


Dans le cadre du Programme national de recherche sur la gestion durable de l’eau (PNR 61), initié cette année, un projet sur les "Canaux d’irrigation", piloté par la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage, analysera l’importance des fonctions écologiques et socioculturelles des bisses historiques et des modes d’exploitation traditionnels des prairies. L’influence des canaux à ciel ouvert sur la forêt de montagne et la végétation des prés de fauche constituera l’un des points forts du projet. À quoi s’ajoutera l’étude des droits de propriété et d’usage souvent détenus par des consortages. Cette recherche devrait déboucher, au final, sur un modèle d’exploitation durable de la ressource "eau" dans des zones de montagnes arides.

- Créée en 1970 par un groupe d’associations, la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage (FP) s’est fortement engagée dans des actions de réhabilitation d’anciens bisses historiques, en Valais, mais aussi au Tessin et dans le Val Müstair (Grisons).

- Pour sa part, le Fonds Suisse pour le Paysage (FSP), né d’une décision du Parlement fédéral en 1991, soutient une quarantaine de projets pour la sauvegarde des bisses en Valais.



Infos complémentaires

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Photographies autour du Bisse de Savièse prises
vers 1930 par Charles Paris
© Médiathèque Valais - Martigny




« ON LÈVE LE BISSE »



« À peine a-t-on fini
de murmurer contre
la longueur de l’hiver
qu’il faut songer
à
lever le bisse…  »

« … À la sortie de la grand’messe, le président, du haut de sa bille démocratique, a fait savoir, dimanche, à la communauté, que la "manœuvre" aurait lieu le lendemain. Le billet qu’il lit est signé du procureur. Le procureur est à la fois directeur des travaux, comptable et fondé de pouvoirs. Le Bisse, c’est son affaire. Il en connaît tous les caprices, toutes les faiblesses, toutes les exigences. Il sait quel chéneau menace ruine, quel tronçon doit être corrigé, quelle charge de poudre noire ou de dynamite est nécessaire pour faire sauter le roc qui encombre son lit. Il possède la liste, dans un cahier d’écolier à couverture bleue, des propriétaires de parcelles pas plus larges, souvent, que des serpillières dans lesquelles, l’été, on enveloppe le foin, et toutes elles dépendent du canal qui leur apporte la vie. Des calculs délicats déterminent les droits de chacun en fonction des surfaces et de l’exposition au soleil. Le plus compliqué des horaires règlera l’utilisation de l’eau. Mais il faut d’abord que l’eau puisse couler du torrent jusqu’ici dans le bisse que les anciens ouvrirent avec une audace étonnante au milieu même, parfois, des précipices. Depuis l’automne, le flot détourné évite ces chemins rendus à la solitude. Alors, les pierres, les avalanches, les coulées de boue se liguent pour combler le mince sillon. Ça et là, l’aqueduc suspendu croule de vétusté. Il est temps de changer la poutre, de réparer la charpente aérienne qui porte la conduite. Là, le tunnel est bouché, ailleurs, une ravine s’ouvre, béante, là même où se poussaient l’été, les vagues légères. Il faut construire une muraille, rétablir le passage. Le procureur a dressé la liste de tout ce qu’il faut. Ainsi chaque printemps … »

« … Et, le soir,
on mettra l’eau.
L’eau s’avancera,
conquérante,
dans le canal
rendu à la vie.
La vie se répandra,
de parcelle en parcelle,
tous les jours,
toutes les nuits,
jusqu’à la fin
de l’implacable été. »


Extraits de
"On lève le bisse",
Maurice Zermatten,
in Les saisons valaisannes, 1947










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COLLOQUE INTERNATIONAL
SUR LES BISSES - 2010

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Glossaire

  • Éclusée

    Littéralement, c’est le volume d’eau qui s’écoule d’une écluse entre le moment où on l’ouvre et celui où on la referme. Appliqué à un barrage, le mot désigne l’opération qui consiste à relâcher une grande quantité d’eau dans une rivière en particulier lors des turbinages hydroélectriques. Ces opérations fréquentes se traduisent en aval par de soudaines et dangereuses crues artificielles et perturbent gravement les écosystèmes des cours d’eau d’aval. D’où l’importance des réglementations qui visent à en maîtriser les impacts.

Mot d’eau

  • Trop soif

    "Je suis un peu dans la situation d’un homme qui tire de l’eau goutte à goutte parce qu’il a trop soif pour attendre que le puits se remplisse" (F. Scott Fitzgerald, Lettre à H. Ober, 1936)


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