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9 janvier 2012.

Bénin : menaces de pénurie d’eau dans le département des Collines

Situé au cœur du Bénin, le département dit des Collines est sans (...)

Situé au cœur du Bénin, le département dit des Collines est sans doute celui des douze départements du pays à être le plus touché par les problèmes de pénurie d’eau. Pour dresser son état des lieux, Bernard Capo-Chichi s’est appuyé sur les constats des responsables du Service-Eau du département sis à Dassa-Zoumè.

En plus de veiller au respect des normes de qualité de l’eau potable, ce Service-Eau, avec l’arrivée de la décentralisation, joue un rôle de conseil auprès des communes dans l’élaboration de leurs programmes et de leurs budgets pour l’approvisionnement en eau, mais aussi dans la maîtrise et la réalisation d’ouvrages telles les adductions d’eau villageoises.

C’est que les problèmes ne manquent pas : longue période de pénurie mal vécue par la population qui recourt à des sources d’eau non salubres, queues d’attente et attroupements autour des points d’eau qui se terminent parfois en de véritables batailles rangées, conflits entre agriculteurs et éleveurs en quête de points d’eau pour le bétail, nombreux forages improductifs du fait de la nature géologique des sols. Au final, tout le monde s’en remet au ciel et attend le retour des pluies.

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Sur le chemin de la maison,
corvée d’eau pour les écoliers
au retour des classes

Dure et fortement riche en sels (calcium, magnésium, nitrates, fer et fluorures), l’eau est dans ce département d’une qualité bactériologique pas toujours garantie et pas vraiment à l’abri de toutes sortes de menaces : péril fécal, pratique très répandue des inhumations à domicile, mauvaise gestion des déchets domestiques, utilisation abusive des pesticides, eaux de surface exposées à toutes les pollutions. Du côté de l’administration locale, on déplore l’insuffisance de ligne budgétaire pour la réalisation, l’entretien et le renouvellement des infrastructures du service de l’eau. Le manque de moyens financiers, techniques et humains est de mise.

Le département connait également un déboisement et une déforestation avancée, des feux de brousse saisonniers qui dénudent les flancs des collines et les berges des cours d’eau. La culture intensive de manioc pour la production de farine (gari et tapioca) et la fourniture de bois-énergie sous toutes ses formes aux grandes villes sont autant d’activités dévoreuses de forêts, et donc des menaces potentielles pour la préservation des ressources en eau.

Que faire ? Pour le Service-Eau du département, les objectifs sont relativement clairs : rechercher des sources de financement pour multiplier les forages (en dépit des échecs), réaliser davantage d’adductions d’eau villageoises, investir dans la formation des ressources humaines et la promotion des métiers de l’eau, lutter contre la pauvreté.

La promotion du tourisme, l’élevage de la volaille et des petits ruminants, le reboisement à grande échelle sont quelques-unes des options proposées pour diminuer la pression sur les forêts et les collines. Avec l’espoir, évidemment fragile, que l’eau puisse couler à nouveau des collines jusqu’aux rivières.

Texte et photo
Bernard Capo-Chichi



Infos complémentaires

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:: Un territoire écologiquement fragile

Une bonne partie des quelque 14’000 km2 de territoire de ce département béninois est faite de collines granitiques à la végétation luxuriante. Son sous-sol est avare en eaux souterraines et la pluviométrie n’est pas très généreuse. Toutes les pluies s’y déversent entre juin et août sous forme de tornades avec des eaux de ruissellement rapides et érosives.

D’octobre à avril sévit une période de pénurie d’eau, où la température moyenne est de 35°C à l’ombre. Le département des Collines compte une population de quelque 535’000 habitants répartis dans six communes que sont : Bantè, Dassa-Zoumè, Glazoué, Ouessè, Savalou et Savè.

Les ressources en eaux de surface sont modestes. Un grand fleuve, l’Ouémé, et ses quelques affluents traversent non sans mal la saison sèche. Si on n’y prend garde, cette fragilité écologique pourrait être définitivement compromise par les activités humaines. Le département des Collines figure en effet dans le peloton de tête des régions du Bénin ’championnes’ du déboisement et de la déforestation au profit de cultures gourmandes en soleil, en espace et en eau.

Côté activités agricoles et industrielles, ce département produit du coton, du maïs, du riz, du mil, du sorgho, de l’igname et du niébé (variété de haricot). Outre ses rizeries et ses usines d’égrenage de coton, il compte quelques unités de transformation pour la production de sucre de canne, d’alcool de manioc et de noix d’anacarde. (b.c-c.)


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Glossaire

  • Eau de Javel

    Appellation populaire, du nom d’un quartier parisien, d’une solution aqueuse d’hypochlorite de sodium, de couleur jaunâtre et à forte odeur de chlore, souvent employée, diluée dans l’eau, comme désinfectant, détachant ou décolorant. De nombreux produits ménagers de nettoyage, de lessive et de vaisselle en contiennent à des concentrations variables. Elle est également utilisée pour la potabilisation de l’eau, dans les piscines, dans les stations d’épuration et dans l’industrie, notamment dans les papeteries.

Mot d’eau

  • La communauté, nappe souterraine

    “La communauté est une nappe affective souterraine et chacun boit la même eau à cette source et à ce puits qu’il est lui-même – mais sans le savoir, sans se distinguer de lui-même, de l’autre ni du Fond.” (Michel Henry, "Phénoménologie matérielle", 1990)


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