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17 avril 2017.

Au Canada, une rivière a disparu en quatre jours

Dans le Yukon, au nord-ouest du Canada, le recul d’un glacier (...)

Dans le Yukon, au nord-ouest du Canada, le recul d’un glacier provoqué par le réchauffement climatique s’est brusquement traduit par une modification spectaculaire de l’écoulement de ses eaux de fonte : depuis plusieurs siècles celles-ci s’écoulaient vers le nord et la mer de Béring, elles coulent désormais en direction du sud et du golfe d’Alaska. Les chercheurs qui ont observé ce phénomène survenu au printemps 2016 parlent littéralement d’un "piratage de rivière" : ils soulignent aussi que la fonte des glaciers peut avoir d’autres effets que ceux étudiés jusqu’à présent.

En hydrographie, on parle de capture de flux lorsqu’un cours d’eau est détourné de son lit suite à un événement géologique : secousse tellurique, glissement de terrain, rupture d’un barrage glaciaire ou autre. Il arrive aussi qu’un plan d’eau se vide alors dans une nappe souterraine. Mais ce genre de phénomène naturel se déroule la plupart du temps sur une durée relativement longue, de quelques siècles à plusieurs milliers d’années.

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Suite à l’effondrement de l’extrémité du glacier
de Kaskawulsh, ses eaux de fonte s’écoulent
désormais vers le golfe de l’Alaska.
(Photo UWNews/Jim Best/University of Illinois)

Ce qui a été observé par le professeur Dan Shugar et une équipe de chercheurs de l’Université américaine de Washington Tacoma, et documenté dans la revue Nature Geoscience [1] est, selon eux, le premier cas connu de "piraterie fluviale" des temps modernes. Plus encore : il s’est déroulé de manière quasi instantanée en seulement quatre jours et ses effets seront peut-être irréversibles.

Un chercheur canadien, John Clague, avait déjà remarqué il y a quelques années, que le lac Kluane, le plus grand du territoire fédéral du Yukon et alimenté par les eaux de fonte du glacier Kaskawulsh, avait jadis connu d’importantes variations de niveau. Il avait alors conclu que la rivière Slims qui l’alimentait s’était formée alors que le glacier avançait mais qu’elle disparaîtrait au fur et à mesure de son retrait (800 mètres entre 1956 et 2007).

Lorsqu’ils sont arrivés l’été dernier sur les rives du lac Kluane et de la rivière Slims, habituellement large de 150 mètres et d’une profondeur de 3 mètres, Dan Shugar et son équipe ont constaté que lac s’était considérablement rétréci et qu’il n’y avait quasiment plus d’eau dans la rivière. Les jauges qu’ils avaient posées précédemment affichaient alors une chute brutale des débits entre le 26 et le 29 mai 2016. Ne restait plus qu’à en dresser le constat géologique post-mortem.

Les relevés cartographiques que les chercheurs ont pu faire à l’aide d’un drone leur ont permis de voir que l’exutoire du lac glaciaire qui alimentait la rivière avait été modifié : ses eaux de fonte s’écoulent désormais à travers un profond canyon sculpté à l’extrémité du glacier vers un autre lac glaciaire qui à son tour alimente une autre rivière, l’Aslek, qui s’en va vers le sud alors que la Slims coule en direction du nord.

C’est une situation unique, explique Dan Shugar, car le pied du glacier reposait sur une fracture géologique. Mais pour les chercheurs il ne paraît pas faire de doute que cet effondrement doit être compris comme l’un des effets du changement climatique et qu’il aura des répercussions en aval sur les paysages et les écosystèmes, notamment sur le lac Kluane qui pourrait devenir un lac isolé sans émissaire. (Source : University of Washington News)



Notes

[1Daniel Shugar et al., "River piracy and drainage basin reorganization led by climate-driven glacier retreat", Nature Geoscience, 17 April 2017

Mots-clés

Agenda

Glossaire

  • Crue, inondation

    La crue est un phénomène caractérisé par la montée plus ou moins forte du niveau d’un cours d’eau et par une nette augmentation de son débit. Elle ne se traduit pas forcément par un débordement de son lit habituel. On parle d’inondation lorsqu’une crue entraîne la submersion par un cours d’eau de son espace d’expansion naturelle (lit majeur) ou aménagé dans ce but, mais aussi des terres cultivées et des zones habitées, mettant alors en danger les riverains et pouvant causer d’importants dommages à leurs biens.

Mot d’eau

  • “Quel épouvantable désastre !”

    “Près de deux mille maisons écroulées ; sept cents morts ; tous les ponts emportés ; un quartier rasé, noyé sous la boue ; des drames atroces ; vingt mille misérables demi-nus et crevant la faim ; la ville empestée par les cadavres, terrifiée par la crainte du typhus ; le deuil partout, les rues pleines de convois funèbres, les aumônes impuissantes à panser les plaies. Mais je marchais sans rien voir, au milieu de ces ruines. J’avais mes ruines, j’avais mes morts, qui m’écrasaient.” (Émile Zola, "L’inondation", 1883.)


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