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23 septembre 2009.

Au Bénin, le fleuve Mono répand à nouveau la désolation sur ses rives

Long de 200 km, le fleuve Mono, frontière naturelle entre le Bénin (...)

Long de 200 km, le fleuve Mono, frontière naturelle entre le Bénin et le Togo dans la partie finale de son trajet, est sorti de son lit début septembre et a envahi toutes les communes riveraines. Côté béninois, Athiémé, avec ses 40’000 habitants pour une superficie de 240 km carrés, fait partie des communes les plus sinistrées. Quatre des cinq arrondissements qui la composent ont entièrement les pieds dans l’eau. Quelque 25’000 personnes sont en pleine détresse.

« Si un jour toute l’eau du ciel doit tomber, la terre, sœur jumelle du ciel, est toute disposée à la recueillir »

Selon cet adage goun, du Sud-Bénin, la pluie ne devrait pas être un motif de préoccupation pour les humains. Bien au contraire, les pluies seraient une bénédiction divine. Adage fortement démenti de nos jours. Car les crues consécutives à des pluies diluviennes provoquent ici et ailleurs des inondations catastrophiques aux conséquences humaines, matérielles et environnementales considérables.

Les eaux en furie balaient tout sur leur passage : palmeraies, bananeraies, rizières, volailles et cheptel subissent la loi des flots ravageurs. Les habitations en pisé ou en torchis fondent comme morceau de sucre dans le thé, s’écroulent les unes après les autres. Les eaux tumultueuses ont pris possession des lieux et transforment l’ensemble de la commune en un gigantesque lac boueux. Quant à l’approvisionnement en eau potable, il est devenu plus problématique que jamais : les eaux pluviales ont mis les eaux des puits et celles des latrines au même niveau, et les cimetières sont également inondés. En d’autres mots : il n’y a donc plus d’eau potable.

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Secouristes en pleins préparatifs avant de partir sur le fleuve
(Photos Bernard Capo-Chichi)

Les villages et les quartiers sont devenus inaccessibles par voie terrestre. L’accès aux zones sinistrées n’est possible qu’avec des barques motorisées. Hélas : il y en avait moins d’une dizaine pour porter secours à plus de douze mille personnes en détresse, éparpillées dans les villages. On déplore des pertes en vies humaines, une dizaine de morts. Mais, faute de pouvoir se rendre sur tous les lieux sinistrés, et à défaut de tout contact avec les localités inondées, il est à craindre que ce chiffre soit bien plus élevé encore.

Un phénomène récurrent

Les crues du Mono ne datent pas d’hier. Et à chaque fois qu’elles reviennent, elles sèment la mort et la désolation dans les foyers. Comme une fatalité. D’après le Maire de la commune, les crues sont cycliques à Athiémé, d’une périodicité de plus en plus capricieuse. Jadis, elles se produisaient tous les dix ans, puis chaque année, et désormais deux crues par an parfois. Les crues des années 1940 à 1960 sont restées tristement célèbres.

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Les premiers rescapés secourus arrivent à Athiémé

Les causes de ces crues de plus en plus rapprochées sont attribuées aux activités anthropiques menées dans tout le bassin versant du fleuve. On montre du doigt, entre autres, le barrage de Nangbéto construit pour la production d’hydroélectricité, la déforestation massive des berges pour se procurer du bois de chauffe ou pour récupérer de l’espace agricole ou citadin. Urbanisation sauvage dénoncée non sans ironie : « si l’on pouvait lotir l’océan, les Béninois l’auraient fait depuis longtemps et l’auraient déjà vendu ».

Une vraie catastrophe humanitaire

Les impacts considérables des inondations représentent un véritable frein au développement social, économique, culturel du pays. Les populations sinistrées se retrouvent sans abri, ni école, ni couverture sanitaire, sans nourriture ni eau potable, désœuvrées, exposées aux intempéries et aux maladies de toutes sortes.

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Bernard Capo-Chichi, auteur des Lettres du Bénin d’aqueduc.info,
avec le comité de crise pendant la crue du Mono

Les premiers secourus ont été installés dans les salles de classe des écoles du chef-lieu, des vivres, des médicaments, des moustiquaires leur ont été distribués. Le chef de l’État, accompagné d’une délégation gouvernementale est allé constater les dégâts. Il a proclamé l’état de catastrophe nationale, puis appelé à la solidarité nationale et internationale. Qui fonctionne. Les inondations sont désormais un phénomène qui touche l’ensemble du pays, preuve que les mêmes causes produisent partout les mêmes effets et qu’en sus, cela n’arrive pas qu’aux autres. Elles interpellent tout le monde. Au Bénin et ailleurs, il faut faire plus et mieux que simplement constater les dégâts. Prévenir, anticiper, agir vite. Ce qui réclame beaucoup de ressources financières, humaines et matérielles.

Bernard Capo-Chichi


Post-scriptum en images

Dans les villages de Grand-Popo, commune du sud-ouest du Bénin, l’eau s’est invitée vraiment partout : dans les quartiers et les places de marché, dans les cours intérieures comme dans toutes les chambres des maisons, dans les cimetières et les lieux réservés au culte des divinités, chacun se déplace comme il peut et les objets qui ont pu être sauvés sont entassés dans les salles de classe.

L’ampleur du sinistre n’est plus à démontrer. Outre les impacts directs et immédiats, les autres se profilent, plus insidieux et plus sournois : eau de boisson souillée, destruction des réserves alimentaires, exodes de population, pauvreté accrue, dégâts à l’environnement (dont on ne parle guère), etc.

(Photos prises par Godfroy de Souza, de la Croix-Rouge béninoise, et gracieusement mises à la disposition de Bernard Capo-Chichi et aqueduc.info)




Infos complémentaires

Le fleuve Mono à Athiémé, frontière naturelle entre le Togo et le Bénin.

Faire plus et mieux que simplement constater les dégâts

Il faudra bien tirer les leçons du sinistre et se mettre en condition de prévenir et d’anticiper d’autres cataclysmes. Seul un aménagement adéquat du territoire permettra de freiner la dégradation croissante de l’environnement, véritable cause des crues et de leurs conséquences. Car, dit-on, « on ne peut dompter la nature qu’en lui obéissant ».

En matière de gestion des inondations et pour limiter les dégâts de toutes natures, il faudrait renforcer et moderniser les moyens de sauvetage (y compris par hélicoptère), pourvoir les zones vulnérables de dispositifs de sauvetage et des moyens de communication efficaces, ou encore exploiter à bon escient les données météorologiques et hydrologiques comme autant de précieux outils de surveillance et de prévision des intempéries.

B.C.


- Lire aussi l’éditorial :
“A-t-on trop prié...?”
(Lettre aqueduc.info
d’octobre 2009)

Mots-clés

Mot d’eau

  • L’eau des Kennedy

    Celui qui pourra résoudre les problèmes de l’eau méritera deux Prix Nobel : un pour la paix et un pour la science. (John F. Kennedy) - Nous sommes témoins de quelque chose d’inédit : l’eau ne coule plus vers l’aval, elle coule vers l’argent. (Robert F. Kennedy)

Glossaire

  • La clepsydre

    C’est, comme le sablier, l’un des plus anciens instruments de mesure du temps qui passe. Il s’agissait le plus souvent d’un vase conique, percé d’un trou à sa base, laissant s’écouler l’eau goutte à goutte. Comme sa face interne comportait des graduations horaires, il suffisait d’observer le niveau de remplissage pour savoir combien d’heures s’étaient écoulées depuis le coucher du soleil.


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