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18 octobre 2014.

Arc alpin : seul un cours d’eau sur dix est encore à l’état naturel

Durant les 150 dernières années, 89% de tous les cours d’eau de (...)

Durant les 150 dernières années, 89% de tous les cours d’eau de l’Arc alpin ont été modifiés, aménagés ou perturbés d’une manière ou d’une autre dans leurs fonctions écologiques. C’est le constat posé par une étude scientifique menée à la demande du World Wildlife Fund (WWF) qui émet plusieurs recommandations afin d’assurer un meilleur équilibre entre les exigences de la protection de la nature et les besoins humains.

Cette étude - "Save the Alpine Rivers" (*) – a été réalisée à Vienne par l’Institut d’hydrobiologie et de gestion de l’écosystème aquatique (BOKU), de l’Université des ressources naturelles et sciences de la vie, sur la base des données disponibles concernant les cours d’eau alpins des bassins versants de France, d’Allemagne, d’Autriche, d’Italie et de Suisse, et d’une superficie supérieure à dix kilomètres carrés. Soit, au total, 57’000 kilomètres de cours d’eau. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler ici que quelque 180 millions d’Européens dépendent pour leur approvisionnement en eau potable de l’un des quatre bassins versants du Danube, du Pô, du Rhône ou du Rhin.

L’objectif de cette recherche était d’offrir une vue d’ensemble des priorités à établir dans l’Arc alpin pour la préservation et la restauration des rivières. Plus précisément, il s’agissait de classer les cours d’eau en fonction de leurs hauts besoins de protection ou de leurs capacités de restauration, d’identifier les principaux impacts et les pressions exercées sur ces systèmes aquatiques, et de développer une base de documentation exhaustive et cohérente pour en améliorer les connaissances à l’échelle de l’arc alpin.

Cinq grandes conclusions ressortent de cette étude :

- Les données concernant l’état actuel et l’altération des cours d’eau de l’Arc alpin sont nettement déficitaires, et en tout cas peu disponibles, à l’échelle du massif pris dans son ensemble comme à celle de chacun des pays concernés. De plus la collecte de ces données manque à la fois de transparence et leur lecture est difficile faute d’harmonisation suffisante.

- De très nombreuses rivières alpines sont affectées par d’intenses activités humaines : seuls 11 % d’entre elles affichent une intégrité écologique intacte. Plus la taille de leur bassin versant est grand, plus on constate des dégradations dues à des modifications de leur morphologie (digues, canalisations, etc.) ou de leur régime (ouvrages hydroélectriques, dérivations, etc.). Des rivières comme l’Inn, la Drave, l’Isère ou le Piave figurent dans la liste des rivières fortement et artificiellement modifiées.

- Les rivières alpines subissent d’ores et déjà de fortes pressions. L’étude met en exergue les situations de l’Autriche (plus de 5000 centrales hydroélectriques en activité, une centaine d’autres en projet pour les prochaines années) et de la Suisse (1500 centrales hydrauliques et 150’000 seuils artificiels qui modifient la dynamique des cours d’eau).

- D’autres et nouvelles menaces pèsent également sur les rivières alpines en raison principalement des changements climatiques : les phénomènes météorologiques extrêmes - sécheresses et inondations - seront plus fréquents dans l’Arc alpin et cela aura des impacts à la fois sur les écosystèmes aquatiques mais aussi sur la production hydroélectrique.

- Les rivières alpines, leurs espaces inondables et les zones humides adjacentes souffrent non seulement d’un manque de protection suffisante et adéquate, mais leur statut de ressource naturelle est souvent trop faible et sans vraies garanties de protection contre les aménagements non souhaitables ou indésirables.

Compte tenu de ces divers constats,
le WWF recommande entre autres

- d‘améliorer la qualité et la quantité des informations et des données, leur transparence et leur harmonisation, en particulier en ce qui concerne les installations hydroélectriques, existantes ou en projet ; le partage des connaissances est un outil indispensable pour l’évaluation et la restauration des continuités écologiques des rivières à l’échelle de l’Arc alpin ;

- de définir des "zones refuges“ dans les plans de gestion des districts hydrographiques de manière à assurer la protection des bassins versants encore intacts ;

- de restaurer les régimes naturels des milieux aquatiques et des rivières dégradées et de prévenir toute atteinte à leur bon état ;

- de développer une stratégie pan-alpine de gestion des rivières assurant l’équilibre entre protection de la nature et réponse aux besoins humains. (Source : BOKU/WWF)


(*) Save the Alpine Rivers !
Study on the ecological health of alpine rivers
Institute of Hydrobiology and Aquatic Ecosystem Management (BOKU) - University of Natural Resources and Life Sciences in Vienna, commissioned by WWF EALP Freshwater

- Ce document est disponible (en anglais seulement)
sur le site du WWF Suisse




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Glossaire

  • Correction de cours d’eau

    Se protéger contre les crues est un souci de tout riverain. Depuis le 18e s., de vastes travaux ont été menés pour "corriger" certains grands cours d’eau (Kander, Linth, Aar, Rhône, etc.) et gagner des terres cultivables. Changement d’approche dès 1991 avec la loi sur l’aménagement des cours d’eau qui stipule que "leur tracé naturel doit être autant que possible respecté ou, à défaut, reconstitué". Il s’agit non plus de les corriger mais de les "renaturer" ou, quand la restauration n’est que partielle, de les "revitaliser".

Mot d’eau

  • “Enfant, j’ai connu
    le Rhône sauvage ...”

    “ ... À leur tour, les enfants d’aujourd’hui se souviendront de leur Rhône. L’essentiel n’est-il pas de garder vivace le lien qui nous unit à la nature ? Elle est notre véritable identité. L’écouter, c’est apprendre à se connaître.” (Pierrette Micheloud)


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