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2 mars 2013.

Accès à l’eau en Sierra Leone : du discours à la réalité

La Fondation Pro Victimis, basée à Genève, vient de publier les (...)

La Fondation Pro Victimis, basée à Genève, vient de publier les résultats d’une enquête qu’elle a commanditée sur l’accès à l’eau potable en Sierra Leone. Pas moins de 2’859 points d’accès (puits, forages et sources) ont été recensés et documentés dans trois districts du pays, en zones rurales et urbaines. L’enquête, réalisée par une ONG française en 2010-2011, se fait l’écho de certains succès et met également le doigt sur des dysfonctionnements jugés alarmants : en effet, un petit tiers seulement des structures existantes sont aptes à fournir un accès sécurisé à l’eau durant toute l’année. L’étude, qui conclut aussi au manque d’attention aux facteurs sociaux et à l’appui organisationnel, devrait servir de référence pour l’amélioration des initiatives prises dans ce domaine par les différents acteurs directement concernés.

La Sierra Leone connaît le taux le plus élevé de mortalité infantile au monde. Et pour cause : des maladies comme la diarrhée et la malaria, imputables à la mauvaise qualité de l’eau consommée ou aux milieux aquatiques pathogènes environnants, représentent dans ce pays les menaces les plus graves en matière de santé publique.

Compte tenu du manque d’information fiable et concrète sur les structures d’approvisionnement en eau potable, la Fondation Pro Victimis (*) a donné mandat à une ONG française, Inter Aide, de faire enquête sur cette question : trois villes et plus de 2’900 villages ont été visités, ce qui représente près de 1,2 million d’habitants (soit un cinquième de la population de Sierra Leone pour un tiers de sa superficie). 2’859 systèmes d’accès à l’eau potable ont été identifiés et visités, à savoir : des puits majoritairement creusés à la main (2028), des puits ouverts (330) et des forages (499), mais 2 sources seulement.

Le constat parle de lui-même : seuls un peu plus de la moitié (56 %) des points d’accès identifiés étaient aptes à fournir de l’eau potable et un petit tiers seulement (30 %) pouvaient garantir un tel service tout au long de l’année.

Plus concrètement encore : les puits ouverts ne bénéficient généralement d’aucune protection contre les risques de contamination, la construction de nombreux ouvrages en milieu rural a été abandonnée en cours de chantier, plusieurs puits ou forages n’étaient pas équipés de pompe au moment de la visite, d’autres avaient des pompes défectueuses.

Les enquêteurs se sont également intéressés à la capacité des collectivités à maintenir à long terme leurs installations en état de marche, ce qui suppose la présence d’un comité d’usagers et d’un technicien local, la récolte d’argent pour financer l’entretien de l’ouvrage et la disponibilité de pièces de rechange et d’outils nécessaires à la maintenance. En ce qui concerne les deux derniers critères (financements et outillages), l’étude met en évidence des niveaux de performance nettement insuffisants.

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Réévaluer les comportements et les pratiques de gestion

L’une des conclusions les plus étonnantes tirées de cette étude est que les points d’eau potable les plus anciens fonctionnent beaucoup mieux que ceux qui ont été construits récemment : cela s’explique surtout par la mauvaise qualité des nouvelles constructions et par l’absence trop fréquente d’un management approprié à leur maintenance. Certes la guerre civile a très certainement et largement contribué à la dégradation des ouvrages en raison d’une application défaillante des critères de gestion puisque les acteurs de terrain étaient alors prioritairement engagés dans des interventions d’urgence. Malheureusement, il semble bien que ce comportement lié à l’urgence a perduré bien au-delà de la fin des hostilités.

Il est donc urgent - conclut cette étude qui ne prétend pas être exhaustive - de réévaluer l’efficacité des pratiques de coopération actuellement en vigueur. Et de passer d’une approche de fourniture de services à un mode opératoire plus rationnel et plus efficace de management durable. (Source : Pro Victimis)


(*) La Fondation Pro Victimis, créée en 1988 et basée à Genève, agit sur le plan international en tant que bailleur de fonds. Son principal objectif est de soutenir des initiatives propres à susciter des changements durables pour l’amélioration du sort des populations les plus vulnérables des pays en développement.
- Le site de la Fondation Pro Victimis
- Les résultats de l’enquête sur les points d’accès à l’eau potable en Sierra Leone sont disponibles en document pdf




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Glossaire

  • Eau de Javel

    Appellation populaire, du nom d’un quartier parisien, d’une solution aqueuse d’hypochlorite de sodium, de couleur jaunâtre et à forte odeur de chlore, souvent employée, diluée dans l’eau, comme désinfectant, détachant ou décolorant. De nombreux produits ménagers de nettoyage, de lessive et de vaisselle en contiennent à des concentrations variables. Elle est également utilisée pour la potabilisation de l’eau, dans les piscines, dans les stations d’épuration et dans l’industrie, notamment dans les papeteries.

Mot d’eau

  • La communauté, nappe souterraine

    “La communauté est une nappe affective souterraine et chacun boit la même eau à cette source et à ce puits qu’il est lui-même – mais sans le savoir, sans se distinguer de lui-même, de l’autre ni du Fond.” (Michel Henry, "Phénoménologie matérielle", 1990)


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