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9 novembre 2006.

Accès à l’eau des petits agriculteurs : un ciel chargé de menaces

En Inde, le captage d’eaux souterraines par une multinationale de (...)

En Inde, le captage d’eaux souterraines par une multinationale de production de boissons a épuisé les nappes aquifères, asséché plusieurs puits et causé de graves dommages à l’environnement. En Chine, en Thaïlande, au Yémen et dans bien d’autres pays, des paysans protestent contre les transferts d’eau de l’agriculture vers des centres urbains et industriels en pleine croissance. Au Pakistan, des protestations s’élèvent contre la gestion de systèmes d’irrigation qui favorisent en amont les cultures céréalières très gourmandes en eau et qui provoquent des pénuries en aval.

Les petits agriculteurs, gardiens de troupeaux et ouvriers agricoles représentent la grande majorité des quelque 830 millions de personnes souffrant de malnutrition dans le monde. Qui plus est, l’eau et la terre constituent deux biens fondamentaux dont ils sont totalement tributaires pour leur subsistance. Le danger, explique le Rapport mondial sur le développement humain, est que les métropoles et les industries en rapide expansion, qui ont besoin de toujours plus d’eau, n’étendent leur emprise hydrologique dans les régions rurales et restreignent du même coup l’accès des plus démunis à cette ressource primordiale.

Concurrence et changements climatiques

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Irrigation goutte à goutte en Californie © WWAP - A. Clayson

L’augmentation de la demande industrielle, l’urbanisation, la croissance démographique et la pollution exercent aujourd’hui en effet une pression sans précédent sur les systèmes hydrologiques et par voie de conséquence sur les activités agricoles. Plus cette concurrence sera forte, plus le risque sera grand que les conflits sociaux ne s’aggravent et que les populations les plus faibles en droit - petits paysans et, parmi eux, les femmes surtout – en soient les grands perdants. Ils ne pourront plus produire leur propre alimentation de façon sûre et encore moins rivaliser avec leurs concurrents commerciaux.

Les changements climatiques menacent eux aussi d’accentuer leur insécurité. Certaines régions d’Afrique subsaharienne risquent des pertes de cultures pouvant atteindre 25 % en raison de nouvelles conditions météorologiques, du bouleversement des régimes de pluie et de la disponibilité en eau. Avec, au bout du compte, une diminution des rendements et un regain de la malnutrition.

Un triple plan d’action

Pour prévenir au mieux la crise qui menace les agriculteurs pauvres de la planète, les rédacteurs du Rapport mondial sur le développement humain recommandent des actions dans trois domaines précis :

  • Défendre les droits des agriculteurs. Lorsque l’eau vient à manquer, les puissants se servent tandis que les faibles en sont privés. Des droits sûrs d’accès à l’eau peuvent donner aux plus démunis la possibilité d’échapper à la pauvreté, alors que, privés de ces droits, ils se voient incapables de rivaliser à quelque niveau que ce soit. Cet argument s’applique d’autant plus aux femmes qu’elle souffrent aussi, la plupart du temps, d’un manque de droits sur les terres.
  • Promouvoir davantage d’équité dans l’accès à l’irrigation. Dans les systèmes d’irrigation, l’inégalité de l’accès à l’eau est copie conforme de l’inégalité de l’accès à la terre. Comme l’attribution de l’eau est proportionnelle à la superficie des propriétés foncières, les plus grandes exploitations reçoivent davantage d’eau et aux points névralgiques. Les petits agriculteurs, recalés en fin de ligne d’irrigation, héritent donc d’un approvisionnement en eau moins important, ce qui les oblige à investir dans des moyens supplémentaires de pompage d’eaux souterraines. Et comme les coûts d’irrigation sont calculés sur la base des surfaces irriguées et non pas en fonction du volume d’eau reçue, les plus pauvres finissent par payer leur eau plus cher que les grands propriétaires.
  • Aider concrètement les agriculteurs à s’adapter aux changements climatiques. Ces changements sont déjà en train de se produire et les pauvres ont besoin d’être mieux et davantage soutenus pour y faire face. L’aide internationale en faveur de cette adaptation devrait constituer une pierre angulaire de l’action multilatérale, mais elle est actuellement inadéquate. Depuis le début des années 90, l’aide à l’agriculture des pays en développement a en effet chuté de 12 % à 3,5 %. Renverser ces tendances est un impératif. (bw)

    Ces informations sont toutes extraites du Rapport mondial sur le développement humain 2006 (PNUD)

Lire aussi, sur ce même rapport :
- Le robinet et le cadenas (édito)
- Crise mondiale de l’eau : trop de paroles, trop peu d’actes
- Pourquoi les pauvres paient-ils l’eau au prix fort ?
- L’assainissement, cette urgence que le monde ne veut pas voir




Infos complémentaires

:: Basses technologies et hauts rendements

Aux nouvelles contraintes liées à la pénurie d’eau, les pays industriels ont répondu par de nouvelles technologies. Parmi elles, des systèmes d’irrigation au goutte-à-goutte sophistiqués, souvent informatisés, qui délivrent aux cultures une quantité d’eau optimale au moment le plus opportun, qui consomment nettement moins d’eau que l’irrigation de surface et qui ont aussi l’avantage de réduire la salinisation et la saturation du sol.

Longtemps réservées aux grands et riches producteurs, ces technologies sont de moins en moins coûteuses et plus largement disponibles. Certains systèmes ont été rendus accessibles aux agriculteurs pauvres, simplement composés d’un seau et d’un goutte-à-goutte, et conçus pour la culture de légumes sur des parcelles familiales.

Ici et là, les goutteurs métalliques ont été remplacés par des filtres à tissu et des conteneurs en plastique disponibles dans le commerce, ramenant par exemple les coûts d’irrigation à quelque 250 dollars par hectare. Les résultats sont probants : en Inde par exemple, certains agriculteurs, pour une même surface cultivée et une économie d’eau de 30 à 60 %, ont parfois quasiment doublé leur production.

Selon le Rapport du PNUD, la micro-irrigation, associée à de nouvelles technologies comme la célèbre pompe à pédales, a « le potentiel de disséminer bien plus largement les avantages de l’irrigation. Elle renferme également la promesse de faciliter l’entrée des petits agriculteurs sur des marchés à plus haute valeur ajoutée. »

Mais la concrétisation de cette promesse requiert des investissements publics à la fois pour soutenir la diffusion de ces nouvelles technologies et pour mettre en place une infrastructure de commercialisation dans les régions plus marginales.

(Source : Rapport mondial sur le développement humain 2006)

Mots-clés

Mot d’eau

  • Nous n’avons pas de fleuves

    "Nous n’avons pas de fleuves, nous n’avons pas de puits, nous n’avons pas de sources ; seules quelques citernes, vides elles aussi, résonnent, et nous les adorons." (Georges Séféris, "Mythologies", 1935)

Glossaire

  • Piézomètre

    En hydrologie, un piézomètre est un dispositif qui permet, à partir du sol, d’avoir un accès direct à une nappe d’eau souterraine. Il s’agit d’un tube de forage par lequel on peut non seulement déterminer le niveau d’eau de la nappe et la réserve disponible, mais aussi prélever de l’eau pour analyser ses qualités physiques, chimique et biologiques. Ces différentes mesures, nécessaires pour exploiter un aquifère de manière durable, sont faites manuellement ou à l’aide de sondes automatiques.


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