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28 octobre 2013.

À quand le retour du saumon atlantique dans le bassin suisse du Rhin ?

Pendant des millénaires, le saumon atlantique, pour frayer, (...)

Pendant des millénaires, le saumon atlantique, pour frayer, remontait de la Mer du Nord jusque dans les affluents les plus importants du bassin suisse du Rhin. Mais, depuis des décennies, avec la construction des centrales hydroélectriques et des barrages au fil de l’eau, ces poissons migrateurs, et d’autres, ont été privés d’accès à leurs frayères naturelles. En collaboration avec les autres États riverains membres de la Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR), la Suisse s’efforce de rétablir les conditions favorables au franchissement de ces obstacles et de revaloriser les milieux naturels dont le saumon a besoin.

Dans leur cycle naturel de vie, les saumons adultes, lorsqu’ils atteignent leur maturité sexuelle, quittent la Mer du Nord et remontent le Rhin jusque dans leurs zones de frai naturelles afin de s’y reproduire. Pendant cette longue et périlleuse migration en eau douce, les poissons ne s’alimentent plus, perdent beaucoup de poids et meurent parfois d’épuisement après la ponte.

Les jeunes saumons restent généralement un à trois ans en eau douce avant de redescendre le fleuve et de rejoindre l’Atlantique, parcourant des milliers de kilomètres à la recherche de nourriture. Deux ou trois ans plus tard, ils atteignent leur taille adulte, plus d’un mètre chez certains individus. Mus par leur instinct de reproduction, ils reprennent alors le chemin de leur rivière d’origine. Et ainsi de suite, du moins tant que ce cycle n’est pas interrompu par des aménagements artificiels.

En Suisse, vers la fin du 19e siècle, le saumon atlantique figurait encore parmi les espèces indigènes recensées dans une grande partie du bassin versant du Rhin (voir la carte ci-dessous). Son aire de répartition comprenait le cours supérieur du fleuve jusqu’à la barrière naturelle des chutes du Rhin près de Schaffhouse, ainsi que les rivières en aval des lacs de Thoune, des Quatre-Cantons et de Zurich.


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Distribution historique du saumon en Suisse (Carte OFEV)

Mais les corrections de rivières (comme celles des eaux du Jura) sur des tronçons importants, l’augmentation de la pollution des eaux et la surpêche, et surtout la construction d’un grand nombre d’ouvrages hydroélectriques sur le Rhin et sur l’Aar, ont cassé ce cycle migratoire naturel. Le saumon, incapable de franchir ces obstacles créés par l’homme, a alors disparu du paysage suisse.

Les États riverains du Rhin (*), favorables à la réintroduction de ce poisson dans le fleuve, ont lancé un programme Saumon 2000, puis dans son prolongement, un programme Saumon 2020 qui prévoit une assistance à la migration (par le biais de passes à poissons ou de rivières de contournement) ainsi qu’une revalorisation écologique des habitats adéquats dans les affluents.

De fait, on observe déjà – avant même l’ouverture prévue en 2018 des écluses du Haringvliet à l’embouchure du Rhin dans la Mer du Nord – que des saumons (plus de 6’000 jusqu’à fin 2012 selon certaines évaluations) ont commencé à se reproduire naturellement dans les affluents du Rhin entre les Pays-Bas et Strasbourg. Quelques individus adultes, qui ont pu franchir plusieurs aménagements hydroélectriques français en voie d’être équipés de passes à poissons, ont également été observés dans la région bâloise.

Quelques jeunes saumons sont actuellement lâchés dans les rivières suisses (voir ci-contre) dans le but d’observer leur comportement et de vérifier la qualité de leurs habitats potentiels.

(Sources : Commission internationale pour la protection du Rhin|CIPR et Office fédéral de l’environnement|OFEV)


(*) Voir l’article aqueduc.info : Des stratégies pour préserver la fonction vitale du Rhin

- Programme Saumon 2020 de la Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR) Voir >
- Le saumon sur le site de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) Voir >




Infos complémentaires

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(W.Krasowski - Fotolia.com)

:: Le saumon
a besoin
de cours d’eau
renaturés

En Suisse, la législation sur la protection des eaux, récemment révisée, stipule qu’en 2030 au plus tard les centrales hydroélectriques soient équipées de dispositifs correctement dimensionnés pour rendre possible la migration des poissons.

La loi vise aussi à ce que le saumon atlantique et d’autres poissons migrateurs trouvent à nouveau suffisamment d’habitats interconnectés pour venir s’y reproduire naturellement. Pour frayer, les saumons ont besoin d’un cours d’eau rapide et d’un lit de gravier d’au moins 30 cm de profondeur dans lequel ils peuvent enfouir leurs œufs. Les alevins doivent disposer d’habitats appropriés comportant une proportion importante de gravier grossier, de grandes pierres ou de gros blocs et de bois mort dans une eau peu profonde. Une surface aquatique de quelque 200 hectares est suffisante pour des populations capables de se reproduire.

Selon des estimations, il s’agirait, dans une première phase, de favoriser le repeuplement du cours du Rhin et de ses affluents entre Bâle et le confluent de l’Aar. En amont, le cours inférieur de l’Aar précisément, la Reuss et d’autres affluents du Rhin supérieur comme la Töss et la Thur, offrent également des habitats appropriés. (Informations OFEV)

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  • "N’offrez l’eau qu’aux enfants"

    “Quand vous voyez votre voisin à table verser du vin en son verre, ne vous hâtez pas à y verser de l’eau. Pourquoi voulez-vous noyer la vérité ? Il est vraisemblable que votre voisin sait mieux que vous ce qui lui convient. Peut-être il n’aime pas l’eau : peut-être il n’en veut mettre que quelques gouttes par complaisance pour la mode : peut-être il ne veut pas qu’un autre observe combien peu il en met dans son verre. Donc, n’offrez l’eau qu’aux enfants. C’est une fausse complaisance et bien incommode.” (Benjamin Franklin, Lettre à l’Abbé Morellet, (...)

Glossaire

  • Aquifère

    Ensemble solide et délimité de roches perméables - sable, gravier, roches fissurées ou calcaires - contenant une zone dans laquelle l’eau constituée en nappe souterraine peut circuler librement et y être captée. On distingue plusieurs types d’aquifères en fonction notamment de leur structure géologique qui conditionne la vitesse d’écoulement de l’eau (de quelques mètres par jour à plusieurs centaines de mètres par heure).


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