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23 mars 2003.

3e Forum mondial de l’eau - Kyoto (Japon)

Deux documents de base doivent servir de conclusion au 3e Forum (...)

Deux documents de base doivent servir de conclusion au 3e Forum mondial de l’eau qui s’est tenu à Kyoto (Japon) du 16 au 23 mars : d’une part, la déclaration ministérielle finale, d’autre part une synthèse des positions prises durant cette rencontre (qui n’a pas formellement valeur de Conférence internationale). Mais cette dernière reste encore ouverte aux amendements des participants jusqu’à la fin du mois d’avril. On ne trouvera donc ici que quelques extraits de la déclaration ministérielle dans une traduction provisoire et non officielle.

Politique générale

1. "L’eau est un élément-moteur du développement durable qui inclut la conservation de l’environnement et l’éradication de la pauvreté et de la faim indispensables à la santé et au bien-être des hommes. Donner la priorité aux questions concernant l’eau est une nécessité urgente et globale. La responsabilité première de sa mise en œuvre revient à chaque pays. La communauté internationale aussi bien que les organisations internationales et régionales se devraient de l’appuyer. Il appartient aux gouvernements de promouvoir la capacité des autorités et des communautés locales en tenant compte de la pauvreté et de l’égalité des sexes."

3. "Dans la gestion de l’eau, il faudrait garantir la bonne gouvernance en mettant plus fortement l’accent sur des approches basées sur les familles et les communautés de voisinage et sur l’équité dans le partage des bénéfices (…)"

4. "Nous nous engageons, à long terme, à renforcer la capacité des populations et des institutions par l’aide, technique ou autre, de la communauté internationale. Cela concerne notamment leur aptitude à mesurer et contrôler leur gestion, à partager innovations, meilleures pratiques, information, savoirs et expériences adaptées aux conditions locales."

5. "Répondre aux besoins de financement est une tâche qui revient à nous tous. Il nous faut agir de manière à créer un environnement qui facilite les investissements. Nous devrions définir les priorités dans les questions relatives à l’eau et les prendre en compte dans nos plans nationaux et nos stratégies de développement durable (…) Les fonds devraient être obtenus grâce à des approches de recouvrement des coûts adaptées aux conditions climatiques, environnementales et sociales locales, selon le principe du "pollueur-payeur" et en prenant en compte les populations pauvres."

6. (…) "Nous voulons définir et développer de nouveaux mécanismes de partenariat public-privé entre les différents acteurs concernés, qui garantissent l’indispensable contrôle public et le cadre légal pour la protection des intérêts publics, avec un accent particulier mis sur la protection des intérêts des pauvres."

8. "Nous réaffirmons la nécessité pour les pays de mieux coordonner les mécanismes de surveillance et d’évaluation aux niveaux local et national ainsi qu’au niveau des bassins versants. Et, là où on le juge approprié, de développer des indicateurs nationaux adéquats."

9. "Nous accueillons favorablement la proposition de créer un nouveau réseau de sites web pour assurer le suivi de l’Inventaire des actions pour l’eau dans le monde (…) et mettre ainsi en commun l’information et promouvoir la coopération."


Suit une série de points particuliers dont il ressort, entre autres, que les ministres et chefs de délégation participant au 3e Forum de Kyoto...

- encouragent la promotion de la coopération "entre États riverains de cours d’eaux transfrontières" (paragraphe 11)

- veulent davantage encourager "la recherche scientifique en matière de prévision et de surveillance du cycle global de l’eau, y compris les effets des changements climatiques, et développer des systèmes d’information appropriés à la diffusion de ces données de par le monde" (paragraphe 12)

- veulent promouvoir des mesures de réduction des pertes d’eau dans les systèmes de distribution (paragraphe 13)

- veulent s’efforcer "de développer et de déployer des ressources en eau non conventionnelles par la promotion de technologies judicieuses innovatrices et écologiques telles que la désalinisation de l’eau de mer, le recyclage de l’eau et son acquisition" (paragraphe 14).

- reconnaissent " le rôle de l’énergie hydraulique en tant que l’une des sources d’énergie renouvelables et propres", un potentiel qui devrait être mis en œuvre "d’une manière qui respecte le dévelopement durable et l’équité sociale" (paragraphe 15).

- appellent chaque pays "à développer des stratégies" et s’engagent "à redoubler leurs efforts collectifs pour mobiliser les ressources financières et techniques, publiques et privées" de manière à atteindre les objectifs fixés au Sommet de Johannesburg sur le développement durable (d’ici à 2015, la diminution de moitié des populations privées d’accès à l’eau potable et celles qui ne disposent pas d’infrastructures sanitaires élémentaires)(paragraphe 16)

- se disent "inquiets de la pression croissante exercée sur les ressources limitées d’eau potable et sur l’environnement". Alors que l’agriculture a de par le monde évolué dans ses pratiques et dans son organisation économique, il faudrait ne négliger aucun effort "pour réduire les modes de gestion non durables de l’eau et améliorer l’efficacité de l’utilisation de l’eau en agriculture" (paragraphe 19).

- reconnaissent "la nécessité d’accroître la prévention de la pollution de l’eau de manière à réduire les risques pour la santé et l’environnement et protéger les écosystèmes" (paragraphe 23).

- estiment que si l’on veut garantir un approvisionnement durable en eau de bonne qualité, il faudrait "protéger et utiliser de manière durable les écosystèmes qui captent l’eau naturellement, la filtrent, la conservent et la remettent en circuit,comme les : rivières, les zones humides, les forêts et les sols (paragraphe 24).




Infos complémentaires

Commentaire

Kyoto ou
la méthode Coué

Pas de surprise au Japon. Le 3e Forum mondial de l’eau, après une bonne semaine de travaux (16-23 mars), n’aura pas vraiment réussi à renouveler le discours international sur la crise de cette ressource vitale. Pire : la déclaration ministérielle qui clôturait les débats de ses quelque dix mille participants ne propose quasiment aucun moyen concret d’atteindre des objectifs que l’on connaissait déjà.

Dans les conférences internationales, c’est devenu une habitude, pour ne pas dire une manie diplomatique, de répéter ce qui a été convenu dans les grands rendez-vous précédents.

Tout se passe aujourd’hui, dans un système onusien bien ébranlé, comme s’il s’agissait en priorité de sauver les principes acquis et de ne faire peur à personne, ce qui implique évidemment de n’être pas trop concret et encore moins d’innover.

Kyoto reprend donc les formules consacrées par les forums précédents et par les conférences de l’an dernier à Monterrey (sur le financement du développement) et à Johannesburg (sur le développement durable), ou encore par la Déclaration des Nations Unies dite "du Millénaire".

Les 29 paragraphes de la déclaration ministérielle de Kyoto ressemblent dès lors à une simple énumération de problèmes évidents et de bonnes résolutions qui d’un point de vue juridique n’engagent personne. Ici et là, on pointe déjà le doigt sur les lacunes de ce document dont l’histoire oubliera vite l’existence.

La délégation suisse, par exemple, "regrette en particulier que la reconnaissance de l’eau comme un bien commun et l’importance de l’accès et de l’approvisionnement en eau pour la stabilité sociale, dans la prévention des conflits et la paix ne figurent pas dans la déclaration".

La proposition française de créer un "observatoire mondial de l’eau" n’a pas non plus été retenue : c’est une idée qui aurait pourtant permis de vérifier qui fait quoi pour que soient atteints les objectifs ressassés d’une conférence à l’autre.

B.W.


Petits échos de presse

Douche froide

"Nous ferons, nous reconnaissons, nous saluons..." Des projets, des belles déclarations, certes, mais des actions chiffrées, aucune (…) "On continue de tourner autour du pot sans prendre de décisions", a regretté hier un responsable de la Banque mondiale. (Libération)

Déclaration peu engageante

Évasive sur les moyens de parvenir aux objectifs affichés (…) la déclaration finale en 28 points a posé un certain nombre de principes, notant qu’"il est d’une urgente nécessité, au niveau mondial, de donner la priorité aux problèmes de l’eau". (Le Monde)

Coup d’épée dans l’eau

"Nous demandions que le droit à l’eau potable soit inscrit au catalogue des Droits de l’homme. Les ministres n’en ont pas voulu, c’est une défaite sévère." (Madeleine Bolliger, déléguée de la Communauté de travail des œuvres suisses d’entraide, citée par swissinfo)

Déclaration de riches

Beaucoup de délégations ont critiqué le texte, déplorant notamment qu’il ne mette pas en cause la responsabilité des pays les plus riches dans les changements climatiques dont les premières victimes sont les pays pauvres. (La Tribune de Genève)

Prévisible

"On se situe clairement au niveau des déclarations d’intentions. Il n’y a pas eu de décision matérielle à Kyoto, pas d’engagement financier. C’était prévisible car le Forum mondial de l’eau n’a pas le même statut qu’une conférence de l’ONU. Comme son nom l’indique, il s’agit plutôt d’un lieu de réflexion politique." (Philippe Roch, chef de la délégation suisse à Kyoto, cité par Le Temps)

Mots-clés

Mot d’eau

  • Entre la ressource et la source, comment dire l’eau avec justesse ?

    " Entre l’expérimentation du chimiste qui dit clairement la composition de l’eau mais en oublie l’usage, et l’expérience des usagers qui en vivent les troubles, les dangers et les surprises, y a-t-il une place pour une épreuve de soi et du monde qui dise l’eau au lieu de ne faire qu’en parler ? " (Jean-Philippe Pierron, "La Poétique de l’eau")

Glossaire

  • Pompage-turbinage

    C’est un type de centrale hydroélectrique qui permet de stocker de l’énergie électrique potentielle par le biais de deux bassins d’accumulation situés à des altitudes différentes. L’eau du réservoir supérieur, qui sert à produire de l’électricité par turbinage, se déverse dans le réservoir inférieur. Et lorsque la demande d’énergie électrique est faible, cette eau est pompée vers le bassin du haut pour y être stockée et plus tard turbinée à nouveau. Il est ainsi possible d’établir un équilibre entre l’offre et la demande sur le marché de l’électricité.


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